Jean Jaurès - La Convention

1740 IIISTOIRE SOCIALISTE silhouette de l'échafaud le hantail et, pris d'6pouvante, il alla porter chez Robespierre non pas une confession sincère, mais un récit arrangé qui le sauvait. JI avait, dit-il, fait semblant d'écouter les propositions corruptrices qui lui étaient faites afin de découvrir la conjuration immonde par laquelle l'étranger se flattait de corrompre et de discréditer la Convention. Delaunay cl Jullien étaient des malfaiteurs: ils lui avaient remis cent mille francs pour qu'il les porUU à Fabre d'Eglanli11e et qu'il achetât celui-ci. Mais Chabot ne voulait pas se risquer plus loin. Il avertissait Robespierre, et il tenait à la disposition du Comité de Sôreté générale les cent mille francs qu'il avait reçus pour une œuvre de corruption à laquelle il avait fait semblant de se prêter pour démasquer les coupables. Le Comité du Sôrctégénéralc trouva plus que louche le récit de Chaliot, que l\obespierre parait avoir accueilli avec une confiance assez ingénue. Chabot fut arrôlé; une enquête fut ouverte: el que découvre le Comité? que 1~ décret falsifié portail la signature de Fabre d'Eglantine. Pabre d'Eglantine, quand il lut appelé à s'expliquer devant le tribunal révolutionnaire, af!lrma que la pièce était un faux. li avait signé le texte exact, el c'est après coup que les faussaires, abusant de sa signature, avaient ajouté la disposition favorable à laCompagnie. li l'afùrma clje crois aussi, avec Louis Blanc el Michelet, qu',I ra démontré. Certaineme1ll, le tribunal révolutionnaire, âpre à la conJamnalion, n'a pas fait cc qu'il aurait dô faire pour résoudre l'énigme. Mais, à mon sens, Louis Blanc et Michelet n'onl pas assez dit que si Fabre dï,glanline fut compromis par la scélératesse des deux faussaires, il a élé perdu aussi par ses habiludes d'intrigue, par l'obscurité éternelle el l'éternelle complication de son jeu. \- tl reste à expliquer comment les deux faussaires avaient pu compter sur !ni au point de jouer ainsi de sa signature. Il ne suffisait sans doute pas que Chabot se fôt porté garanl de Fabre d'Eglantine: car quel crédit pouvait :,voir en ce point la parole de Chabot? Et d'ailleurs comment Chabot luim~me aurait-il pu compler sur l'adhésion de Fabre? Evidemment, quand Delaunay et Jullien remirent cent mille francs à Chabol pour les parler à Fabre, ils s'imaginaienl non pas tenter Fabre, mais le récompenser du servic3 qu'il leur avait rendu déjà en leur abandonnanl sa signalure. Encore une fois, comment avaient-illl été conduits à se faire de Fabre d'Eglantine celle idée? Sans aucun doute Delaunay s'imagina que li'abre, en attaquant la Compagnie des Indes, jouait le même jeu intéressé que lui, et que la seule diliérence entre eux élail que Fabre avait joué ce jeu plus longtemps. Peut-être le tour un peu singulier du rapport de Fabre d'Eglantine sur l'agiotage avait-il suggéré à Delaunay la pensée que Fabre cherchait lui aussi à faire un coup. Il ôtait, en elîel, assez bizarre de déveloprer tout un rapport sur le change, pour aboulir à la fin à une motion sur la Compagnie des Indes, et encore celte motion avait-elle une forme suspensi~e el mystérieuse, qui semblait calculéo

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