ii20 IIISTOlllE SOCIALISTE c·esl le militarisme sauvage de la guerre de Trente an, transporté dans la Révolution. A Nantes, Carrier pousse si loin la répression, qu'il ameute contre lui les r,atrioles eux-mêmes. Mais ils ne peuvent plus l'aborder. II ne vil qu·avec des officiers; là, il ne rencontre ni contradiction, ni hl!\me, et les plus farouches consignes s'exécutent ave~ entrain comme à un lendemain d'escalade. Or, Carrier adopte l'hébertisme et est adopté par lui. L'hébertisme enfin est militariste par son go(H pour la guerre illimitée. Elle est devenue pour lui une carrière : c'est là qu~ tous les lape-ours, sans emploi maintenant dans les sections, pourront déployer leur vigueur el monter rn grade. C'e,l là que ce besoin de commander, de despoliser, qui se développe dan, les révolutions prolongées chez les petits groupes d'hommes ardents qui m~nenl la bataille, trouvera une satisfaction durable et permanente. « ;,,;ediscutez pas, disait Boissel aux révolutionnaires des sections. Jo11ez du bt\lon. » Mais jouer du bâton prépare à jouer du sabre; les armées révolutionnaires qui font des battues dans les fermes pourraient èlre licenciées; si la i;uerre avec le monde continue, les galons seront solidement cousus au1 manches. el le panache sera fortement attaché au chapeau. Par la prolonga. Lionde la guerre la Révolution va à la ruine ou à la servitude. Elle dépense trois cents mil!ions par mois: la France dévore ,a substance. Elle peul bien, par un elîorl héroïque de bravoure, d"abnégation, relever l'assignat malgré ce farJeau écrasant. Elle peul, d'un mouvement presque surhumain, marcher, respirer, comball_re; mais combien de Lemps? Bientôt ou elle tombera é1rnisée, ou elle sera obligée, pour se reraire, de demander à la guene le moy~n de nourrir la guerre, de faire de la guerre l'industrie nationale de la Révolution, d"organiser, par l)e, rançons formidables, le pillage en gra11d el d'étendre sur les peuples le système tributaire de l'ancienne nomeJ:Onquéranle. Dans tous les cas, c·esl la défaite de la Uévolulion, soit qu·elle succombe au déficit de ses finance, cl de ses forces, soit qu'elle se renie ellemême en suivant un lmperator. C'est là ce qu'avait pensé Robespierre quand il s'était opposé en 1792 à la déclaration de guerre si imprudemment déchainée P,ar Brissot. El c'est ce qui lui faisait dire maintenant: u La guerre étrangère est le péril mortel pour la liberté •· Brissot menait à Hébert, qui mènera à Bonaparte. Girondisme, hébertisme, bonapartisme son l lrois termes liés. Ce que l'héberlisme pardonnait le moins à DanLon, c'e,L d'avoir cherché, quand il était au Comité de Salut public, à négocier la paix; il fermail le débouché immense que ces armées de douze cent mille hommes avec leur énorme appareil d'administration el de commandement offraient au)( ambitions el aui convoitises qui, par le monopole des certificats de civisme, se seraient réservé le monopole des grades, des fournitures el des emplois. El nobespierre aussi élail suspect parce qu'on Je soupçonnait de désirer la fin de la guerre. A la seule idée que l'on traiterait
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