Jean Jaurès - La Convention

HISTOIRE SOCIALISTE 1711 « ART.5. - Le lieu commun où leurs cendres rrposeront sera isolé de t.oute habitation, planté d'arbres sous l'ombre desquels s'élèvera une statue représentant le Sommeil. Tous les autres signes ,;eront détruits. « ART.6. - On lira sur la porte .de ce champ consacré par un respect religieux aux cendre~ des morts, cette inscription : • La mort est un sommeil éternel •· Au fond, c'était nn arrêté modéré. Il respectait la liberté des croyances et même la liberté des cuites. Je sais bien que l'inscription : « La mol'/ est un sommeil éternel•, a la prétention d'être une formule matérialiste, et on a pu tlire ainsi que c'élail le matérialisme orficiel, olJligaloire pour les morts ,inon pour les vivants. A vr.ii ùire, l'inscription est pln3 enfantine qu'agressivc. Elle est encore plus anlio<'ienlifi 1ue qu'antichrétienne. Le sommeil est une fùnclion de la vie: la mort en e,t la dissolution. Porler de sommeil, c'est encore flatter le IJesoin de surl'il'ance : c'est proloncrer la forme de la vie, enwlopµée seulement de silence el de repos. La 111orte:;Lplus dramatique el plus poi~nanle, elle csl la ùissolution de la forme, l t diss;Jution de la conscience. L'homme ,e demande ,i celte dissolulion c,L apparente ou réelle, pruvi~oire ou définitile. C'est là le probl,'1ne de la mort. li serait trop cc,mmoùe de l'éluùcr par un mythe aussi enfantin que les conceptions du sauvage. Au demeurant, l'arrêté de Fouché respectait (li ne pouvaiL pas y loucher) l'organirntion officielle el constitutionnelle du culte. li se hornait à rcfouier tous les cultes à l'intérieur de leurs temples. c·esl une loi de police ùes cultes ; ce n'est pas une loi bien décisive el IJien profonde. La Commune ùc Paris s'engagea plus arnnt, et le i7 novembre elle prit un arrêté, sur le rèqubiloire de Chaumelle, qui supprimait, en fait, la liberté de, culles. • La Conseil arrête : « 1° Que toutes les églises ou temples de toutes religions ou de tous culte,, qui ont existé à Paris, seront sur-le-champ fermés; • 2' Que tous les prêtres ou mi nislres de quelque culle que ce ,oit demeureront personnellement et individuellement responsaules de Lou, les troubles dont la source viendrait d'opinions religieuses ; que celui qui demandera l'oU\erture soil d'un temple, .oil d'une égli.e, sera arrêté comme suspect ... » Evidemm.ent, si ce n'est pa,; la suppression du culte domestique très ditflcile à atteindre, c·csL la suppres;io11 révolutionnaire du culte collectif. La messe publique est supprimée; la messe privée est IJien près d'être assimilée à une manœuvre suspecte cl clanùesLine. C'est IJien la fin de tous les culles. Et on pouvait attendre de la Commune qu'après avoir pris un arrêté au;si hardi, qui rérolulionnail le fond même de la vie et qui allait soulever ou des r clamations violentes ou d'innombrables protestations muettes, on pouvait allendre d'elle qu'elle le délendll délibérément, qu'elle s·appliquâl à en faire com1,renùre le grand sens et l'audace néces.aire. Quand on affronte les siècles il (aul être prêt à un long et rude el douloureux combat. Mais Robespierre

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