Jean Jaurès - La Convention

iî 10 HISTO!RE S<JCIA LTSTll: stilions el d'habitudes. Si une secousse violente peut foire tomber en un Joui· des épaules de l'homme ce séculaire fardeau, quelle délivrance ! Comme l'humanité sera libre, el comme l'esprit entrera plus audacieusement dans le myslère du monde quand les rormes surannées, traditionnelles, de la croyance auront disparu! MêmP.les grandes interprétations religieuses de l'univers redcviendro~t possibles quand elles ne risqueront plus de se confondre. par de rnperlhiPlles analogies, avec les superstitions du passé ou d'être exploitées par la rouerie de l'Eglise au p,olll de sa domination. Après tout, la force peul briser des croyances qui ne furent formées que par l'automatisme; l'a"le:1gle iiab ilnde est aussi une forme de la force, el la brève violence de l'heurn libératrice ne fait qu'abolir lc5 effets de la lente el obscure violence des siècl~s. Oui, _mais !"opération hébertisle ne pouvait réussir ou môme Mre tentée ou'à une condition. li fallait au mo'ns que l'hébntisme eût pris nelleme•it :,arli sur la question décisive. Voulait-il simplement taqninrr et O'llrag~r 1~ cu:te, ou voulait-il le dératinPr·> S'il n'l voulait que l'outrager, la lentath·~ 6lail aussi stérile que ba,se, el s'il VOl'lai~le déraciner, il fallait qu'il pro~lam1• !:lien haut que la liberté des cutle~, insrrile dans la Constitution, é\uil 1.~ fou rie ,:t un péril. li fallait penser el il fallait dire que la croyance ~hréli~nn°, princii; 0 de servitude, n'avait pas le droit de s'affirmer. C'est seuieme:1l a•1 ncm du droit qu'on peut opérer des rél'olulions aussi profondes. Si la Il_',, ••slion n'a pas le courage de dire: « Je ne reconnais pas le droit du christia11,sme à e,islcr, el j'en écraserai loules les manifeslaliom, ou collectives ou indil'iduelles »; si elle ne dit pas cela, la guerre au culte n'e,l qu'une ignomi•iieuse parade et la plus grossière tyrannie. Or, l'hébertisme ne s'est même pas posé le problème, el il a flotté misérablement de violences démagogiques qu'aucun principe n'ennoblis~ail à des rétractations dictées par la sollise ou par la peur. Fouché décide, dans le mémorable arrêté pris à Nevers le 9 octoure : • AnncLE PRFMIER. - Tous les cultes des diverses religions ne pourrnnt etrc exercés que dans leurs temples respectifs. « Anr. 2. - La Répuulique ne reconnaissant point de culte dominant ou privilégié, toutes les enseignes religieuses qui se lrourent sur les routes, sur les places et généralement dans lou~ les li.iu x publics seront anéanties. « Anr. 3. - JI esl défendu sous peine de récli;sion à tous les ministres, à tous les prNres, de paratlre ailleurs que dan. 1 eurs temples avec leurs costumes. « Anr. 4. - Dans chaque municipalité, tous les citoyens morts, de quelque secte, qu'ils soient, seront. conduits au lieu désigné pour la sépullurc commune, couverts ù'un voile funèbre sur le1uel sera peint le Sommeil, accompaf(nés d'un officier public, entourés de leurs amis revêtus de deuil et d'un détacl1ement de leurs frères d'armes.

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