Jean Jaurès - La Convention

1082 111STO IRE SOC! ALTSTE sail; que cherchait-elle? La foule crut qu'elle s·amusail du mouvement cle:1 nammes tricolores, avec celte sorte de puérilité que donne parfois l'a[)proche de la mort qui livre au hasard des impre;,ions l'esprit délié de rordrn des choses. Elle cherchait un prêtre insermenté. de qui elle pût reeevoi,· la seule bénécliclion qui comptât pour elle. Elle le reconnut à une fenêtre, cl s'inclina imperceptiblement. Cc signe léger mellail entre la foule el elle un abime plus profond que la mort. llarnave fut conduit au supplice le 20 octobre. Il essaya de dire quelque, mols au peuple; à quoi bon? Depuis les jours où sa parole trouvait de l'écho s·étdenl écoulés des siècles, el la foule qu'il croyait haranguer 6lail dans un lointain infini. Le i" novembre, vingt el un Girondins, parmi eux 13l'issol, Gcn,onné, Carra, \'ergniaud, Claude Fauchet, Boyer-Fon[rède, Lasource, furent conduits au pied de l'(cbafaud : quelle charretée de gloire et de déception, d'intrigue cl de génie! La Révolution, à pleins tombereaux, charriait au bourreau des hommes qui furent à elle, qui !"avaient servie el qui ne croyaient pas l'avoir méconnue. lis avaient appris sans doute, aYanl de mourir, que même san, eu, li Révolution saurait combattre, organiser el Yaincre, et ce rut le plus lerriule châtiment de leur étourderie vaniteuse. Toutes ces têtes bl~mcs rurent recueillies clans un même panier. Quelques jours après, le 8 novembre, c'est ~1m• Roland qui mourait, calme, stoïque, mais toujours accusatrice : « 0 Liberl6 ! que de crimes on commet en ton nom!» Tri:;le écho de l"élerneile dénonrialion où depuis un an les Roland s'étaient obstinés. Pendant que la Rél'olulion frappait un grand coup terrible el confonclail la Gironde cL la royauté dans le pNe-mêle de la mort, elle domptait h1guerre cil ile, elle refoulait l'insolence étrangère. Carnot donnait aux armées l'organi;alion loul ensemble el l'élan. Il réalisait l'amalgame qui n·avail guère été encore que projeté ou timidement appliqué. Desormais, Yolontaires et soldats de ligne .onL fondus. El l'emportement de l'offensive jette partout les soldat, de la Hévulution sur l'ennemi déconcerté. Le général Couteaux, en une marche rapide, culbute les détachements que la contre-révolu Lionmarseillai,e avaiL distribués dans la vallée du Rhône. A la fin d'août il entre à ~1arseille. Lyon esl imesti; de Saint-f:tienne, de Saint-Chamond, de Clermont, parlent par milliers des volontaires qui vonL gro,,ir l'armée assiéi;eantc. Coullion, monté dans la chaire de la catbédrale de Clermont, y pr~cbe contre la ville rebelle, contre la cité des riches, des moines eL des rois, la croisade sainte de la liberté et de la loi. Les boulets rouges pleuvent sur la grande ville sombre; elle s'enflamme, et l'horizon est comme illuminé au loin d'une aurore bor6ale. Le O octobre elle est forcée, et le gé11éral Précy ,,e peul ,au ver que quelque; bataillons décimés. La Convention, par un décret terrible, ùte à la ville vaincue jusqu'à sou uom; ce ne sera plus Lyon, ce sera Commune-Affranchie, eLles maisons des riches, les somp-

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