Jean Jaurès - La Convention

1656 JIISTOJnE SOCIALISTE li avait des rai,ons décisives de politique el de prudence, mais au fond c'est ùien une loi agraire qu'il proposait, c'est môme le seul plan complet cl lié ùe loi agraire qui ail été proposé sous la Révolution. Pour démarquer son idée de ce nom fàcheu~, il est obligé de supposer que la loi agraire implique une sorte de prise de possession grossière et brutale, sans précaution, sans transition, sans ménagement. Mais c · est une supposition tout à fait arbitraire. « Peul-être est-il à craindre qu'un premier aperçu de cet essai ne fa,se naitre l'idée de la loi agraire, dont il parait que l'on a voulu faire un instrument de trouùles; mais, pour ne pas les confondre, il suffit de les comparer entre eux et d,ins leurs conséquences. Tout mon raisonnement porte sur un principe permanent de justice qui as,ure successivement à chacun ses droits (modifiés) de nature, que j'appelle s011 lér]ilime de rigueur, el qui lui garantit la jouissance pleine de ses acquêts, fruit de ses travaux el ne son industrie: en un mot, je remonte à l'ess 'nce môme du droit de propriété devenu, par une faus-c application, la cause fatale des abus énormes, des malheurs sans fin dont nous sommes l~nlôl roupab les el tantôt victimes, el je le rétablis dans ce qu'il doit être pour devenir une source féconde de toute espèce de biens. • La loi agraire, au contraire, loin d'établir quelque principe, ne fait que les rem·erser, les briser tous. c·esL purement un partage des terres, brusquement pro1•01ué par la convoi lise de ceux qui n·ont rien, n'importe comment, el qui laisse subsister le même vice qu ïl l'a amené ... • Dans mon système nul ne peul èlre lésé, car nul, en venant au monde, n'y ayant plus de droit qu'un autre, nul, par conséquent, n'a celui de se plaindre de n'y trouver que sa juste part au droit commun, saur à lui à la faire plus ou moino valuir; mais la loi agraire, pour établir une apparente égalité, encore qui ne saurait ôlre que momentanée, blesse à tort cl à travers, 5ans égard 111<'mepour les dilîé rences que les droits d"acquMs de char un doivent y mellre. Ain:,i, 1homme dont les possession, mol le fruit de son talent, de ses services, du bon emploi de sa jeunesse, s'en trouverait louL à coup dépouillé el réduit au nheau de celui qui n'aurait rien mérité ou même qui n'aurait fait que dissiper ... Je laisse maintenant à juger de l'immense distance qu'il y a entre l'un el l'autre. » fübeur qui a1ail la brochure de Dolivier (j"ai déjà dit qu'elle fut saisie avec ses papi1•rsle jour de son arrestation) dut sourire à ces distinctions subtiles : car ce que: lui, dans sa lettre à Coupé, appelait loi agraire, c'est pré• dsémenl le système de Dolivier : inaliénabilil6 du sol, usurruil de la terre assuré à tous, liberté de l'inrlustrie. Dolivier s'elîorce encore de dissiper les objections tirées de la suppression de l'héritage foncier. • '.\lais la paternité? ... Eh bien ! la paternité, si c'est une douce Jouis• !!ance pour celle qui est riche, de transmettre de grands héritages à ses en-

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