Jean Jaurès - La Convention

Jl!STOlllE SOCIALISTE la ficrlù de loul un peupl,i lihre; c'esl l'ocgudl du Irava il affranchi el qui sait que sans lui la société périrait. Le peuple ouvrier csl associé avec ses outils à la vaste e:;pérrnce, el 11ne large omerlure d'horizon sollicite le rève des prolétaires. Eu~ au_ssi, ils étaient hier comme cette pierre cl"un cachot de la Daslille: « Celle pierre n'a jamlis été éclairée. " Maintenant, le travail est à la fois la pierre d'angle et la pierre de fatle. El le dur granit, si longtemps enroui dans l'ombre, luit comme du marbre au soleil. )lais la liberté retrouvée par l'homme ne s'élenclra-t-elle point à tous les êtres? J'imagine que celle génération rêveuse et ardente, toute nourrie de Rousseau, songea au bosquet de la nouvelle Héloïse, lorsque des oiseaux délinés « portèrent vers le ciel le témoi!(nage de la liberté de la terre ». Cc n'est pas seulement par celte f,'te augmte que la Convention attesta au monde sa force, son crédit révolutionnaire et sa foi en l'avenir. La Révolution s'affirma, en ces journées extraordinaires, par le nouveau projet de Code civil el par la !crée en mas~e. Le Corle ne réalisait pas !"égalité sociale entre les familles : mais il préparait, à l'inlérieur de chaque famille, l'égalilé presque com:JlèLe. Toutes les lois de la Convention tendent à abolir l'inég-alito de partage entre les enfanls, à assurer à lous une m,1me pari de l'héritage paternel. C'e,t d'abor,I une sorte d'instinct de conservation révolutionnaire qui dicta ces lois à la Convention. Lorsqu'elle abolit, en novembre 1792, le droit de substitution, elle supprima une forme féodale du droit civil. ~ais il fallait aller plus loin. CommJ liicn souvent la fortune prédispose au modérantisme, comme la bourgeoisie, après avoir recueilli les b6néfices de la Rérnlution, seml.Jlilil incliner à la clorn, beaucoup ùc pères, modérés, feuillants, ou secrètement u~i,tocra les, pouvaient faire payer leur enlraînemenl révolutionnaire à ceux de leurs fils qui sejclaienl dans le mouremenl. lis pouvaient les déshériter ou partiellement, ou lotale11eut, an I rofit d'héritiers plus sages. Ainsi, le droit de le;Ler conservé au père (lait une sorte de prime à l'e~pril de modérantisme el de contre-révolution. C'est pourquoi la Convention a décrété, le 7 mars 1793, sur la proposition de Mailhe el de Gensonné, que ~ la faculté de disposer de ses biens, soit à cause d,\ mort, soit entre vifs, soit par donation contractuelle en ligue directe, est abolie, et que, en conséquence, tous les descendants auront une portion égale sur les biens des parents. • Gensonné, c'est la Gironde. Sur ce point, la Convention était unanime : c'esl même Buzot qui voulai Lque l'Assemblée all(ll plus loin el que le droit de tester fil.l aboli en ligne collatérale aussi bien qu'en ligne directe. L'héritage serait réparti entre les héritiers indirects selon des règles Oies qui ne laisseraient aucune place à la volonté individuelle et arbitraire du t.es~teur. Le projet du Code civil lu par Cambacérès à la tribune de la Convention, le 9 aoO.l. la veille de la grande fêle de la Fédération, à l'heure où tous les

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