Jean Jaurès - La Convention

lIISTOIRE SOCIALISTF. « Souveraine des sauvages et des nations éclairées, ô ~.Lure, cc peuple immense, rassemblé aux premiers rayons du jonr devant ton imag~, esLdigne de toi, il est libre. C'est dans Lon sein, c'est dan, tes sources sacrées qu'il a recouvré ses droits, qu'il s'est régénéré. Après avoir traversé t1nt de siècles d'erreur et de servitude, il fallait rentrer dans la simplicité de les voies pour retrouver la liberté el l'égalité. 0 Nature, reçois l'expres-ion de l'allachement éternel des Français pour tes lois, et que ces eaux fécon•lcs qui jaillissent de les mamelles, que celte boisson pure qui abreu1a les premiers Franrais, conoacrent dans celle coupe de la fralcrnilé et de l'égalit~ le serment que te fait la [Irance en cc jour le plus beau qu'ait éclaire le soleil depuis qu'il est su.<pendudans l'immensite de l'c.<pace. • El aprùs celle sorte d'hymne, « seule prière, depuis les premier; siècles du genre humain, adressée à la ~ature par les représentant~ d'une Nation cl par ses légblateurs », les envoyés des drparlements abondèrent en paroles émues el prophétiques.« Ils se sont approchés de la coupe sainte de la liberté et de l'égalité. En le recevant des mains du président qui, ensuite, leur a donné le baiser f1atcrnel, l'un lui disait : « Je Louche aux bords do mon tombeau, mais en pressant celle coupe de mes lnvrcs, je crois renallr~ avec le genre bumain qui se régén~re. • t;n autre, do1,t le YCnl faisait flotter les cheveux blanchis, s'écriait : « (.lue de jours ont pa,sé sur ma tête! 0 '.'\aturc, je te remercie de n·avoir pas terminé ma vie avant celui-ci •· Cn autre, comme s'il e1il assisté d un banquet de nations, et quïl eut bu à l'affranchi•sement du genre hunnin, disait en tenant la coupe: « Ilommcs, yous êtes tous frères! Peuples du monde, soyez jaloux de notre bonheur, et qu'il vous serve c1·exemplc ! • « Que c,·s eaux pures dont je vais m'abreu1er, s'écriait un autre, soient pour moi un poi;on mortel, si tout ce qui me reste de vie n'est pas employé à exterminer les ennemis de l'égalité, de la ~ature et de la Ilépublique. • Un autre, saisi d'un esprit prophétique en s'approchant de la statue: « 0 France, la liberté est immortelle ': les lois de la Ilépubliq ue, comme celles de la Nature, ne périront jamais •· Ce qu'ils invoquent, cc n'est point la Nature défigurée par le regard débile et obscurci de l'ignorant et de l'esclave; c'est la nature telle qu'elle se déploie pour le ferme regard qui sait et qui ose. Elle ne porte dans SPS Ili, aucune puissance de ténèbres et de terreur, et on peul la fouiller en profondeur et en hauteur, on ne trouvera point en elle un tyran suprême qui sanctifie les crimes des tyrans. Dans aucun repli de l'espace ne soul -:acilés les Litres qui donnent à des hommes droit de domination sur d'autres hommes; l'universel et égal désir de bonheur de Lous les êtres humains est au contraire une magnifique invitation de la Nature à l'égalité. Ce n'est donc plus ici l'esprit romain d'une aristocratie portée par des esclaves : c'est

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