Jean Jaurès - La Convention

i5'J2 11ISTOIRE SOCIALISTE la Co11vmtioiis'allie au peuple. u· faut que l'ins111·rectio11 s',/tende de proche en proche sur le même pl1111 ; q11eles sans-culot/es soie11tpayés Pt restent dam /ps villes. Il faut !Pur procure,· des armes, les colérer, les éclairer. Il fa11texalter l'e11thousiasmerépttblic11i11par tous lrs moyrns possibles. • L'homme qui écrivait pour lui-m~me ces paroles el se traçait ce plan d'action, n'est pas le calculateur ambitieux qui, ayant abattu ses rivaux, cherche à se ménager aupràs de leur clientèle sociale, el à inscrire parmi ses chances d'avenir cl de grandeur l'influence de la classe bourgeoise. Non, si Robespierre a arloplé sans chicaner. sans disputer, la Constitution du 24 Juin, c'est d'abord parce qu'en soi. cl malgré ses lacunes ou ses timidités, elle est le plus beau plan, le plus hum,in, le plus libre, Je plus égalitaire, d'adminis• lration politique et sociale qu'aient encore connu le, hommes. C'est ensuite el surtout parce qu'il faut créer sans délai l'unité de pensée el d'action dans la Convention nationale, el as,urer par là la main mise vigourcu•e et rapide de la Convention sur le pays déconcerté el déchiré. Le 31 mai avait laissé au cœur de la Convention une meurlris•ure. Mème les :\lontagnards restaient troublés de l'acte de violence qui avait mutilé l'Assemblée. Et les hommes de la Plaine songeaient vaguement à prendre leur revanche sur la Commune qui les avait de,poti,és. Soixante-treize députés, amis de la Gironde, avaient signé en secret une protestation contre le 2 juin; el bien qu'elle ne rot pas connue encore, elle pesait obscurément sur l'.\sscmblée. Qu'adviendrait-il si la Convention, à peine libérée de l'action brutale et de la pression immédiate des force, insurrectionnelles, paraissait braver le peuple révolutionnaire de Paris el renier à demi le 3l mai et le 2 juin? Ce ne serait pas sans doute la re1'anche. soudaine de la Gironde vaincue; ce ne serait pas la reprise du conflit entre Girondins cl Montagnards qui avait paralysé la Uévolution, mais ce serait encore la contrariété des forces, la défiance entre la Convenli on et Paris, c'est-à-dire une inertie inquiète cl une anarchie fondamentale. Déjà, dans le rapport présenté par Barère le 6 juin au nom du Comité de Salut Public, perçaient les hésilation~, les demi-rétractations, les vagues représailles. Il parla il du limon impur roulé par Je torrent de la Il6volulion; il déclarait presque la guerre au Comité révolutionnaire; il lran~portail à la Convention seule le droit de réquisition de la force armée; en proposant que des députés aillent senir d'otages dans les départements que représentaient les députés arrèlés, il jetait un jour sinbtre sur les intentions de Paris; en tout cas, il prévoyait, au lendemain mème du coup qui avait frappé la Gironde, une ère de négociation, de réconciliation pentMre; il atténuait le sens contre-révolutionnaire des mouvements de Marsellle el de Lyon, il paraisrnit garder l'espoir que de bonnes paroles, des procédés conciliants el fraternels maintiendraient ces deux villes dans les voles de la Révolution: n'était-ce pas imputer les troubles qui les agil.alenlaux violences

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