HISTOIRE SOCIALISTE 1577 Presque partout, le vœu des pauvres, des prolétaires, était donc très net• temenl prononcé pour le partage. Marat a publié dans son journal plus d'une lettre où le partage était demandé au nom des pauvres, où l"égoîsme des riches propriétaires qui s'y opposaient était violemment dénoncé, Personne ne proposait alors une utilisation vraiment communiste des biens communaux. Il aurait fallu enlever aux habitants le droit qu'ils avaient en qualité d'habitants el réserver l'exploitation des communaux aux sans-propriété sous la condition qu'ils transformeraient en culture active la jouissance inerte et routinière qui condamnait à l'improductivité des milliers d'arpents. ~lais, je le répète, celle idée n'était suggérée par aucun révolutionnaire : el Je n"ai qu'à rappeler que le communiste Babeuf, à la fin de iî0I, conce,ait le communisme sous la forme d'un partage égal, garantissant le droit inaliénable de tous les citoyens, pour comprendre combien était fort le mouvement en favPur du partage, el combien sont arti0cielles les critiques faites après coup, du point de vue communiste, aux révolutionnaires bourgeois. LPseul conventionnel qui combattit le plan de partage définitif apporté par le Comité d'agricullure, Souhait, ne demanda pas un aménagement communiste, une exploitation commune intensifiée el perfectionnée. li demanda que les partages fussent temporaires. El, bien loin d'entrevoir dans ce partage renouvelé un moyen d'émancipation pour tous les citoyens, il n'y voyait qu'un habile substitut de l'aumône el un expédient conservateur. li pré,·oyait la pauvreté éternelle, et l'Hernelle néce,silé d'avoir sur toute l'étendue de la France des domaines disséminés où l'on pùl appeler de génération en génération les indigents qui s'accumulaient dans les villes, au grand péril de l'ordre el de la propriété. Des colonies de travail, pour prohiber la mendicité el garantir la sécurité des possérlanls, voilà, au fond, le système de Souhait. • li s'agit, aujourd'hui, de régler le partage des biens communs. Il s'agit de savoir s'il doil èlre déflnilH, c'est-à-dire si chacun doit jouir en Loule propriété de la portion qui lui écherra. C'est l'opinion du Comité d'agriculture. Il faut démontrer qu'elle est, sous tous les rapports, contraire à lïntérét général el particulier; il faut prouver que le partage temporaire, renouvelé à certaines époques, établi d'après une répartition plus Juste et plus exacte, est le seul qu'il convient d'accepter; il faut dans cette grande question, indiquer le but que nous devons atteindre el dire, avec courage, que si nous pouvons nous mêler du patrimoine de l'indigence, ce n'est que pour en régler le bon usage el non pour l'aliéner et le détruire. • Remarquons, d'abord, que la convention de nos pères est une donation en faveur de l'indigence de leurs descendants. El depuis quand aurions-nous le droit de disposer des biens qui appartiennent au~ générations futures? Depuis quand aurions-nous le droit de leur ravir des biens dont nous ne sommes que les dépositaires? La pauvreté meurt-elle jamais? Les communes
RkJQdWJsaXNoZXIy MTExMDY2NQ==