Jean Jaurès - La Convention

J520 l1 ISTOIRE SOCIALISTR pouvait être comparée. ~Jais la nature est aveugle, comment peut-elle produire des êtres clairvoyants? Cette objection tombe d'elle-même, car la nature ne p1·od11il rien; tout ce qui la compose existe éternellement; ce que nou, ap1>elonsvulgairement l'enfant de la nature est aussi vieux que sa mère. N'allons pas expliquer l'existence d'uae natur,i incommensurable par l'existence d'une autre nature incommensurable. \'ous cherchez l'Eternel hors du monde, et je le trouve dans le monde. Je me contente du cosmos incompréhensible, cl vous voulez doubler la difficulté par un Tlteos incompréhen- ~ible ... » El Clootz, en note ùe son discours, rappelle ce qu'il a dit de l'âme dans son Testament philosophique : « Notre âme est une chimère aussi ridicule que le fantôme appelé Dieu ... Un brin d'herbe a beaucoup de rapport avec l'homme le mieux organisé. Ensevelissez-moi sous la ,erte pelouse pour que je renaisse par la végétation; métempsycose admirable dont les m)slères ne seront jamais révoqué, en doute. ~lais je n'aurai pas le souvenir de mon existence première; el que m'importe pourvu que j'existe agréablemcn L ! JI ne s·agil pas ici de récompenses ou de peines théologiques; je consulle la nature qui me dit de mépriser la tln1ologie. La nature e~t une bonne mère qui se plall à voir naîlre ft renallrc ses enrants sou~ clcs combinai;ous dilîére ntcs. Un profond sommeil ne lai»e pas que d'avoir son mérite. " Or, pendant que Clootz développai L toute sa conception (athée ou panthéiste), pendant qu'il produisait l'unité humaine de l'unité co-mique, la Conwnlion ou s'étonnait ou protestait en riant. Les railleries, les rappels ù la qurstion abondèrent. Que nous veut cc rêveur qui crée une République univ,•rselle, une République planétaire, à l'heure où l'étroite H(•puhlique français~ est en péril, et risque de sombrer dans le chaos humain·? Est-ce rette métaphysique quP, les soldats emporteront à la frontière menacée'? Les homme, du xvm• siècle étaient habitués aux larges horizons: el, par Fontenelle, par Newton, par Voltaire, par Bulîon el Diderot, ils s'étaient familiari~és avec le vaste univers. Ce fut pourtant une surprise pour eux et presque un scandale quand Clootz, devant la grande assemblée qui portait en elle le pesant orage de la terre, marqua le point de vue sidéral el hautain d'où la diversité des peuples et des races se fondait pour le regard en une continuité humaine doucement nuancée. Hautain? ;1on; ce n'est pas en curieux, ce n'est pas en oLservateur détaché el lointain que Cloolz re~arde les hommes cl les nations: !l s'éloigne et s'élève juste assez pour mieux voir leur unité. Mais la Comenlion ne voulut pas dissiper sa pensée, son regard, ses efforts dans le ,•aste horizon cosmique. Elle ne voulut même pas les répandre sur toute la surface planétaire: elle préservait le champ de France, le3 sillons tourmentés où ger• maient les espérances prochaines et, au-dessus de ce champ étroit et sacré, elle voyait luire la rouge étoile de Mars. Pou1·tant, ce grand visionnaire de

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