Jean Jaurès - La Convention

HISTOIRE SOCIALISTE Cloolz n'élail pas un rèvenr. li voyait plus loin que la réalité présente, mais dans le ~ens du mou,·rmenl humain. Dans ,on anticiration rl'un monrlr où le libre échange universel uniflrra el harmonbera tous les inli·ri'ts, il prélurl~ au va-le oplimismc des économistes. ~fois il a une ,ue plu• réalistr et plu• complète, et sa pen-ée est moins abslraile que la leur. Elle est 11ltB complète aus-i el plus riche que la pensée de la Révolution. Le, économbl,•s onl cru que du libre échange !les prodnits ri•,ullcrail peu à peu l'harmonie des Etals, et que la paix politique serait l'rlîel dr, com munications économiques. lis n·onl pas a•scz vu que chaqnr Clat re,tait Cümnw une force d'égoïsme et de répulsion. 11, n'ont pa• pre--enli qur 1,,, Etals !'Onstitués, clos, antagonistes, seraient utilisés commr tir• in•trumcnts de combat el comme des moyens de primauté par les int(·rH, é,·onomiqnr•. Les producteur; et les commerçants de chaque nation ,eulrnt hicn entr,•rr11 communication avec le reste du monde pour Il' conquérir il lrnr, produit,; mais ils \'eulent aussi oppo,rr leur nation au rrste du monde pour qu'Pllc assure de sa primauté poliliqnc leur primauté économique. Clootz n'a pas ét6 dupe de celte a\'eugle espérance. Il a compri, que tant qu'il y aurait des Etals politiques distincts, ils deYiendraient des outils au, mains de reux qui livraient le combat tlconomiquP. Cel hommr qnaliflé d'utopiste n'a pas abondé dans l'optim isme abstrait el décevant clr, éronomistes. De m~me, quand la Révolution parait croire, par une illu,iou in~en,r'e, qne l'harmonie de, principes politiques entre les peuples rnrtlra il élahlfr h paix, Clootz proteste. li rappelle que la communauté des instilulion, libres n'emp~rhe pas h guerr,• de, intérêt,. Quan,l le mond,• ne serait compû-é que cle république,, ces républiques, animées au commerce par le génie mtme tic la liberll', se disputeront l'univers. li n'esl pa, vrai cle dire avec le, éconnmi,tes que Jp libre échange de, produits fera tomber les antall;onismes nationaux. li n'est pas , rai de dire avec les ré,•olutionnaires que la propagande rie l1 lihert6 rera tomher les antagonismes économiques. li y a là deux aspects litls et inséparables de la guerre. El l'harmonie ne sera vraiment instituée que quand h libre communication des produit, et l'exercice politique de la liberté se produiront 1t l'inlérieur d'un seul Etat, d'un Etat unique enveloppant toutrs le, activités humaines. J'ose dire que Clootz a admirablement posé le probl~mc; j'ose dire que l'histoire dont le travail infiniment complexe parait con"enir si peu au schema simple de Clootz, se meut en ce sens : par la diffusio11 de la démocratie, par le réseau croissant des conventions internationales et par l'action unillanle d'une force politique croissante qui esl le prolétariat universel, elle tPnd à constituer, en elfel, sous l'apparente dhersité des nations el sous la violence persistante des antagonismes, !'Etal unique, l'Etat humain, expression de la civilisation générale. Mais le vice du système de Clootz, c·esl qu'il posait le problème IJien plus qu'il ne le résoh•ail. La vraie lillllcullé n'était pas de marqu~r le terme idéal de l'évolution humaine, c'était

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