Jean Jaurès - La Convention

HISTOIRE SOCIALISTI> 1303 pardonnerai point celui d'avoir voulu me ravir l'honneur aYanl de me ravir la vie ... • Les grandes épreuves qui approchent donnent quelque dignité à ce qui ne rut guè,e, bien souvent, qu'une déclamation frirnle et runc,;le. La plupart des Girondins, dans la nuit du 30 au 31 mai, passèrent la nuit hors de chez eux. lis craignaient d'ètre arrêtés dans leur lit. Pélion, en des pages d'une inspiration médiocre, où il ramène la marche terrible de la llévolulion menacée aux proportions d'une intrigue menée contre lui, nous révèle le désarroi de la Gironde, surpri,e par des événements qu'elle-même arnil déchainés, cl n'ayant môme 1>a,rnngé à un 1,lan quelconque de ré,islanc•'· • Je suis un des e.,cmples les plus frappants de lïncon,tancc populaire ... Longtemps avant le 31 mai, les inlril!anls et les faclieu, qui désolent ma malheureu,;e patrie cl la conduisent à l'e,;cla\'a(,e. mettaient tout en œu, rc pour détruire ma réputation cl m'enlC\'Cr la confiance dont je joui,sais. Convaincu que je ne partageais pas leurs print:ipr:;dêsorgani~alcu1·s el leur" maxin1es de san)!;,ils sentaient con1bii\nje pou,·ais leur nuir<i, combien n1un ascendant sur le peuple nui:;ail à leur; desseins, comhi~n dès lors il impurlait de me perdre. « Il serait diHlcile d'énumérer tous les moyens qu'ils employèrent. Il suffit de dire qu'il n'en omi renl aucun, el qu·un homme juste ne peul pas sr faire une idée de toutes les ressources que les méchants uni pour faire le mal. Je vois d'ici avec quelle progression ha!Jile cl astucieusement ménagée ils arrivèrent jusqu'à ce point de pou1oir dire au peuple qu·un des hommes qu'il avait le plus estimé el le plus chéri était un ,célérat el un traître. " J'ai vu hien des personnes n? pas ,cvenir de leur surprise en comparant le passé avec le présent, se demander commPnl il était possible que I<' peuple cùt ain,;i ch,111gù à mon égard; c'est qu'elles ne connai:;senl pas tout l'art de la calomnit'; c·e,t qu'elle,; ne s,11ent pas jusqu'à quel degré la perversité a su le perfectionner de nos jours. c·esl qu'elles n·ont pas suivi ni été il portée de suivre le fil des tr,1mes ourdie,; contre moi. « Je m'étais dit depub longtemps, je i'avais dit ,'tmes amis:• Le peuple • me haïra d'autant plus qu'il m'a plus aimé. » .\ussi, je ne pouvais plus ent1·erdans le lieu de nos séances, ni en sortir, sans ètrc e,posé aux insulte:; les plus grossières et aux menaces les plus violentes. Combien de fois me suis-je entendu dire en passant : « Scélérat, nous aurons la lèle 1 • el je ne puis pas douter que plusieurs fois on n'eùl eu le projet de m'assassiner. "li raut avouer qu'il était cruel pour celui qui avait été si comblé des nurques de la confiance du peuple, d'èlre ainsi l'objet de sa haine el de sa malédiction. • Que lui ai-je fait? me disais-je souvent; ne suis-je plus le même? Certes, il n'a pas de meilleur ami que moi, de plus sincère défenseur. J'étais tente de le mépriser, je finissais par le plaindre et pilr déplorer son égare-

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