Jean Jaurès - La Convention

1392 JIJSTOll1E SOCIALISTE dans la malince du 31 mai, la collaboration un peu dominatrice de l'Évèché, il n'aurail pas n,ainlenu la Commune comme la grande forcë à la fois molrice el régulatrice, rêvolulionnaire el prudente, qui sauva dans la crise \'unilé de la Révolution, qui lui mainlinl son ampleur, el la préserva de la passagère diclalure de sectes enfiévrées qui auraienl répandu le sang, soulevé la France entière conlre Paris : Pache a très bien nolé que la révolu lion du 31 mai ne donna satisfaction à aucune des cotrries qui se disputaient la prééminence. Elle ne fut ni robcspierristc, ni tlantoniste, ni hébcrtiste, ni enragée, elle fut largement révolutionnaire cl populaire. )lais qui pouvait, aux premiers coups du tocsin, savoir avec certitude qup les colères cl les passions des hommes seraient contenues dans de sages limites? Le:; Girondins avaienl, depuis l)lusieurs jours, le droit de craindre pour leur de. Longtemps, ils avai,•nt déclamé contre des périls imaginaire;. Lon~temp,, ils avaient, en une rhétorique d'héroïsme oslentaloire, dénoncé les puignards levés sur eux, bien ava11l qu'aucun poignard fût levé. Depuis quelques semaint'S, depuis que les seclions avaien~ demandé que les, inHl-deux lussent livrés au tribunal révolulionnaire, depuis que des motions forcenées se produbaienl dans certains conciliabule5, le danger se pr~- cisait. Le mélancolique apprl de Vergniaud à ses mandanls esl le signe d'une croi,sante détresse morale. Dru,quemenl, la Gironde, qui avait si souvent el si laslidieusemenl évoqué le fanlome de l'assassinat, voyait le péril prendre corps. Dès le 8 mai, Lasource en une lellre à• la Société populaire de Castres (repubiiée en 1880 par ~1. Camille Rabaud), parlait à ses commetlanls comme s'il était déjà dans l'ombre tragique de la morl: " J'app,·ends avec indignation que quelques agents des scélérats qui veulent me faire égorger ici ne cessent de me calomnier au milieu de vou~, pour me ravir votre estime; ils veulent vous empèc/,e,- d accordr•r quelques tegrets à n,a mémoire et de vn,ger ma mo,·t, quïl; pré1rnreut !Jar leurs machination, ténébreuses, qu'ils appellent par leur; sanguiuairr, clènoncialion,. qu"ils précipitent par le mouvement meurtrier que leurs manœuvres impriment à une 111assed'ignorants dont ils trompent la bonne foi, cl à une tourbe d'assassins dont ils dirigent les poiguards ... Voilà le sommaire de ce que j"ai fait. Est-ce là trahir ma patrie'/ Ah! si ce son! de telles trahi,ous qu'on lll'i upule, j'en ai commis, j"en commettrai encore; car je tra,aillerai jusqu·a la mort au bonheur de mon pays. Le, ambitieux, les tra!lres, les ho urnes altérés de domination el de sang, peuvent bien me proscrire, mais non uùntirnider; ils peuvent m'arrachet· la vie, mais ils ne me rcrnnl jamais composer avec ma conscience ... Que ceux qui veulent régner m'assassinent vile; ib ont raison puisqu'ils ne peuvent régner tranquilles que quand je ne ierai plus. Que ma tête leur soit livrée, puisqu'il la leur faut; j'y consens, mais qu·e ma mémoire reste pure. Je leur pa1·donnerai le crime de ma mort; mais je ne leur

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