Jean Jaurès - La Convention

HISTOIRE SOCIALIST~ 1385 pelit homme grotesque acharné au befîroi, on dirail un de ces gnomes que le moyen âge croyait suspendus de nuit aux cloches des vieilles églises. Enfin la sonnerie, sous les secousses désespérées de ~laral, s'agite; ce démon de la révolte redouble d'efîorls; alors le marteau, soulevé à grand peine, retombe; le befîroi s'ébranle; il sonne. • C'est un Marat d'invention, assez puérilement poussé par Esquiros au diabolique el au fantastique. Il était plus politique et plus rassis que cela; et il ne se dépensait pas en efîorls furieux et en grimaces écumantes. Ce n'est pas dans les notes de sa sœur qu'Esquiros a lroul'é les éléments de ce récit. Est-ce dans ses souvenirs 7 Est-ce aimi que Marat s'était plO à représenter $Onaction au malin du 31 mai? Ou bien était- ce une tradition de la ramille de IJarat? Lui-même, dans son journal, n'y fait aucune allusion. li est vrai qu'il ne parle même pas de sa visite du 30 au mir à l'El'êchr, et que, dans ces jours d'action fiévreuse, Marat, n'ayanL pas le temps de tenir la plume, suspendit le Publiciste de la République française, du 31 mai au 4 juin. Le Conseil général de la Commune ne se laissa pas convaincre par les premiers coups du tocsin. Espérait-il encore arrêter le mouvement el ré,erver toute l'initiative des autorités constituées? Ou bien couvrait-il sa responsalJililé devant la Convention par des protesta lions légales? Il lance, par ses cavaliers, une proclamation aux sections : • Citoyens, la tranquillité est plus que jamais nécessaire à Paris. Le département a convoqué les autorités constituées el les quarante-huit sections pour ce matin, pour les olJjets de salut pulJlic. « Toute mesure qui devancerait celles qui doivent être prises dans celle assemblée pourrait devenir fune~le. • Le salut de la patrie exige que vous restiez calme~, el que vous attendiez le résultat de la délilJéralion. » Au tocsin se mêle la générale. Vers cinq heures, le Conseil de la Commune mande le commandant général pour savoir par quel ordre ballent les cloches et les tambours. Mais le commandant général est alJsenL; le comm 111dant de posle ignore où il est actuellement. Le Conseil décide qu'il sera IJatlu un rappel pour inviter tous les boas citoyens à se rendre à leurs postes pour maintenir la tranquillité publique el faire cesser la ~énérale et le tocsin. Confusion extrême I car le rappel incertain el hésitant de la l•,i se mêlait au rappel de l'insurrection el, en grossissant l'émoi de tous, donnait au jour naissant une vibration révolutionnaire. L'Evêché se décide à mettre de l'ordre dans ce chaos. Entre six heures el demie et sept heures, sous la pleine clarté du soleil déjà haut à l"horizon et qui entrait par les larges fenêtres de l'Hôtel de Ville, les commissaires des sections pénètrent à la Commune. Dobsent, président cle l'assemblée révolutionnaire, s'assied au bureau comme s'il élait déjà le maitre, el il dit d'une paro~e brève : • Le peuple de Paris, blessé dans ses droits, vianl de prendre

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