Jean Jaurès - La Convention

1384 IIJSTOII\E SOCIALISTE que Chabot e0l agi en ce sens pour le compte de Danton. Aussi bien Hébert lui-même à cette date était pour « l'insurrection morale •· C'est lui qui, à la Commune, le i" juin, réfutera Varlet. Le maire de Paris avait le droit d'espérer, à la veille de la grande crise, que le mouvement ne dépa,serail pas les limites tracées par Robespierre, el qu'il ne serait pas compromis par des violences qui auraient, tout ensemble, affligé l'hu manilé el soulevé contre la !\évolution parisienne l'implacable colère des départements. Il était donc décidé à suivre !'Evêché ou, loul au moins, à le laisser faire. La municipalité n'allendait plus qu'un prétexte d'abdiquer, en quelque sorte légalement, aux mains du Comité révolutionnaire. Si la majorité des sections se prononçait pour celui-ci, ne devenait-il pas, en vertu de la s~u veraineté populaire, le pouvoir légal? 'l'out d'abord le mouvement des sections rut trop limilé, trop partiel pour que la Co,umune pût s'effacer devant elles. « La section du Luxembourg (sans doute vers minuit) informe le Conseil qu'elle a rail fermer les barrières de son arrondissement, et que l'assemblée générale s'est dé~Iarée en sainte insurrection permanente. Le président répond que celle insurrection, n'étant que partielle, ne peut être sainte, ni approuvée par le Conseil. » Une députation de citoyens de !'Évêché arrive à la Commune • et ils font part de l'arrOté par lequel se disant munis des pouvoirs illimités des sections ils déclarent la ville de Paris en ir1surrection contre les factions aristocratiques et oppressives d,J la liherl•\, et arrêtent pour première mesure de fermer les barrières. • La Commune hésitait encore : c1r, qui ,ail si ces délégués des sections avaient vraiment les sections derrière eu~? Qui sait s'ils seraient soutenus et ~ides paroles !'Evêché passerait aux actes°? Aussi, • le Conseil passe à l'vrdre du jour enatte11dant le vam des sections». Sans ab liqu~r encore, la Commune ne se considérait plus elle-même que comme un pouvoir provisoire sur lequel le peuple allait san;; doute se prononcer. Mais voici qu'à trois heures du matin, avant les premières lueurs de l'aube, le tocsin de Notre-Dame, sonné par la l\t\volulion, éveille el ébranle Paris. Est-ce )larat qui a le premier tiré la corde, comme le conte Alphonse Esquiros en un récit plus romantique que certain? • Marat était à l'llôtcl de Ville; impatient et inquiet, il promenait se, regards sur les quais enrlormis, le sang bouillonnait dans ses veines, son pied frappait la terre, la rage et Je désespoir de l'attente l'agitaient avec des transports inouïs, quand l'idée lui vient de monter à l'horloge. JI y avait alors, à !'horloge de l'Hôlel de Ville, une cloche sur laquelle le marteau frappait les heures. La cloche était lourde, Marat élait faible, mais la fureur lui donne des forces surnaturelles; il saisit la chaine qui servait à sonner le tocsin, il s'y attache, il s'y cramponne, il la serre entre ses genoux, li la mord avec ses dents, il se balance écumant de fureur au bout de celle chaine. A voir ce

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