Jean Jaurès - La Convention

IIISTOII\E SOCIALIS'rn 13',:; se montre dans les places puuliques, qu'elle soit sur le trône ou à la tri hune d'un club, qu'elle porte un sceptre ou un poignard. qu'elle se montre toute brillnnte de dorure ou qu'elle se déguise en sans-culotte, qu'elle porte une couronne ou un bonnet, n'en est point moins la tyrannie. Le peuple français a juré de n'en sou!Irir aucune. La Convenliou, organe de la volonté nationale, ne se laissera influencer par aucune violence; elle prêchera toujours ouêissance aux lois, sùreté des personnes et des propriétés, guerre aux aristocrates et aux anarchistes. » Robespierre demande la parole; la majorité la lui refuse en alléguant que la Constitution est à l'ordre du jour. Robespierre « s'insurge •, comme il l'avait annoncé la veille aux Jacobins . .\lais la )lontagne, résolue à engaf(er l,i lutte à fond à l'intérieur de la Co1we111ion (selon la formule robespierriste), demande la parole pour lui a1•ec instance. Un décret formel de la CoO\·ention, dont la majorité girondine est comme fanatisée par les accents . d'lsnard, la lui refuse. La ~lontagne demande l'appel nominal. « Oui, s'écrie \'ergniaud, l'appel nominal pour savoir si les assemblées primaires seront convoquées». C'était l'aveu par la Gironde qu'elle ne pouvait plus goul'erner avec la Convention. C'était la dissolution funeste de toute la force révolutionnaire. Danton, debout sur rnn banc, dressé enfin pour le combat, menace la droite : « Tant d'impudence commence à nous lasser. Je déclare à la Convention et à tout le peuple françnis que si l'on persiste à retenir dans les (ers des citoyens dont tout le crime est un e.,cès de patriotisme, si l'on refuse constamment la parole à ceux qui veulent les dérendre, je déclare que s'il y a ici cent Lons citoyens, nous vous résisterons. Li Commission des Douze déllent à l'Abbaye des magistr,,ts du peuple ,ans vouloir faire aucun rapport. ~ Des tribunes surexcitées partaient de terribles clameurs, et le peuple commençait à alfluer aux auords de la Convention; peu à peu il rompait ou éludait la consigne, elllahissait les couloirs, occupait les avenuPS mêmes de la salle. C'est, pour la Gironde, comme un prélude cl'investissement. \'er, ,epl heures, Garat, a1erti par Dutard de l'agitation croissante dans l'Ass.:mbli:e el hors de l'.\sscmLlé~, arrive à la Convention. ,, En sortant du LOnseil exéculir, dit-il dans se5 ,llémoires, entre quatre et cinq heures de l'après-midi, je n'avais rien vu autour de la Con1ention qui annonçât du mou,ement et qui fil craindre un attentat; il six heurè, el demie, à peu près, je dinais, j'étais seul avec mon neveu; l'un des citoyens dont les observations me rendaient compte de l'étal de Pdris à celle époqul', et l'un de ceux dont la correspondance était constamment farnrable à tout ce qui était en faveur du côté droit, vient me dire tout en alarme que la Convention est dans le plu, grand danger, qu'elle est assiégée par une foule immense et par une force armce, qu'on a crié autour des canons : Aux armes! qu'on parle d'égorger les appelants au peuple, et que tout annonce un com-

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