Jean Jaurès - La Convention

1312 HISTOIRE SOCIALISTE p1s, car il restera toujours dallS le cœur des Français ce sentiment q11el'insurrection est la dernière raison du peuple. » D•nlabole ful applaudi. Le, large flot des Cordeliers, mêlé de colères politiques et sociales, débordait sur les Jacobins el submergeait un moment les hésitations, les scrupules de légalité des« Amis de la Constitution "· C'est le môme jour, 19 mai, qu'eut lieu à la mairie une réunion des délégués de 36 ou 37 comité, révolutionnaires. Deux administrateurs de police, ~larino cl Michel, y firent une motion romanesque el meurtrière. Ils proµo•aienl d'enlever secrèlemenl les vingt-deux Girondins désignés par la pétition de Pari~, de les égorger, el de répandre ensuite le liruil qu'ils avaient émi;.:ré. C'était insensé, el seule la lièvre de la Révolution dans un cerveau de poli ·c pouvait suggérer des comhinaisons aussi puériles tout ensemble el aussi atroces. Cell ne réµondail pas du tout aux vues de la Commune. Quelques jours aup1ravant, le 11 mai, le Conseil de la Commune avait arrêté, sur la proposition de Chaumelle, qu'il sera il « écrit aux autorités consliluée,, aux sociétés populaires el aux sections de Bordeaux Iour leur représenter l'erreur dans laquelle les ont jetés les malveillants qui leur font croire que Paris veut as.<assinerles députés de la Gironde, tandis quïl ne veüt assassiner que leurs opinions. » Mais l'assassinat des opinions ne suffisait pas à l\larino el à Michel, et, avec une logique toute policière, ils l'Oulaient le compléter- par l'assassinai des personnes. Pache, présent à la réunion, protesta avec force contre celle sorte de projets. Mais les délégués de la section de la Fraternité, inspirés rnns doute par Royer-Cullard, en avisèrent la Con\'enlion; el ce fui pour la Commission des Douze une occasion admirable d'accentuer l'offensive. C'est par celle « consviralion » de l'assemblée de le mairie, que Viger, le 2i mai, au nom de la Commi•sion des Douze, justifie un décret très vif contre ce que Dutard appelait le fédéralisme des sections : • Je rtéclare, sous la resr,onsabililé des me:nt,res de la Commission, que si nous ne démontrons pas à la France qu'il a existé une conspiration tendant à faire égorger plusieurs d'entre vous el à établir sur les ruines de la République le despotisme le plus horrible el le plus avilissant; oui, si nous n'apportons pas les preuves de l'existence de ces conspirations, nous sommes prêts à porter nos tètes sur l'échafaud. Nous sommes dégagés de tout esprit de parti, nous n'avons pas regardé si les conspirateurs siègent là ou là; nous avons cherché la vérilé. Nous tenons déjà plusieurs fils de la conspiration, nous espérons les tenir Lousbientôt. Nous aurons de grandes mesures à vous proposer; mais nous vous soumettons, comme mesure préliminaire,le projet de décret suivant :

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