Jean Jaurès - La Convention

1308 JlISTOIRE SOCIALISTE soutiens quïl suffit du ,impie bon sens pour voir qu'il n'y a que la République qui puisse tenir à la Prance la promesse que la monarchie lui avait faite en vain depuis deux cents ans: la poulr au pot pour tout le monde. ,, C'est l'idéal d'une démocratie alhénicnne, à la fois raffinée et populaire, épurée des vices des cours mais éclatante du génie des arts el de la richesse du commerce, délicate el plantureuse, que Desmoulin, el les Jacobins proposaient il Paris pour l'entrainer à fond dans la lulle contre la Gironde. C'est clans la même pensée que Léouard Bourdon, commentant, le 20 n11i,aux J 1cobins le vote de l'emprun l forcé, disait : • la mrsure de l'empr11111forcé est d'autant plus avantageuse qu'elle allaclte les riches à la Révolution, et qu'elle devient 1111eraison p11issante pour c11x de désirer et d'accél/.rer la pai:r. • Pendant ce temps les partis étaient violemment aux prises dans la Convention. C'est à propos d'un abus de pouvoir de la section des révolulionnaires de !'Unité que rn noua la bataille. Le juge de pait Rou~ avait été arrêlé illégalement, comme le reconnait Chaumelle lui-même, non par les autorités constituées, mais par le Comité révolulionnaire. Quelques citoyens protestèrenl, el la Gironde en prit Lexle pour accabler « les anarchistes •· Le délial ful orageux. La Convention siégeait, depuis le 10 mai, dans la nouvelle salle aux Tuileries. La Gironde croyail que là elle serait mieux défendue contre l'intervention des tribunes qui étaient assez reculées; mais elles étaient pleines d'un peuple toujours plus ardent, donl les huées parvenaient, par d,••su, Loule l'assemlilér, ju;qu'à l'orateur. Le i8 mai, Guadet s'c)leva avec force ronlre cette « tyrannie », et il développa soudain tout un plan de résis.- Lance évidemment préparé el arrêlé dans les réunions qui se tenaient chez Valazé. • Jusques à quand, ciloyens, s'écria-t-il, dormirez-vous sur le bord de l'abime? Jusques à quand remellrez-vou, au hasard le sort de la liberté? li en est Lempsencore, prenez de grandes mesures, vous sauverez la Républiqull el votre gloire compromises. Les autorités de Paris onl souven' dépassé les limites que leur imposaient les lois. Elles se sont permis d'e1• interpréter le sens. Je demande qu'elles soient cassées. Elles peuvenl être remplacées par les présidents des seclions. Je demande, en même temps, qu., no, suprléants se réunissent à Bourges dans le plus bref délai, mais qu'ils"" pui;,er:l enlrer en fonction que sur la nouvelle cerlaine de la dissolution o.. t,1Convention. Je demande, enfin, que ce décret soit porté par des courrierd extraordinaires dans les départements. Quand ces mesures auronl été adoptées, nous travaillerons avec une complète tranquillité d'esprit el comme des hommes qui ont mis en sô.reté le dépôt sacré à eux confié. • C'était un plan détestable. D'abord, il témoigne que Guadet se faisait d'éll,rnges illusions sur l'étal d'esprit des sections parisiennes. Sans doute, la bourgeoisie y était puissante encore, el à la Commune même, plusieurs orateurs marquèrent plusieurs fois leur crainte de voir les Girondins nommer

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