Jean Jaurès - La Convention

lllSTOf.HE SOCIALISTE 1ll!7 lui, c·esl avec le pruple qu'il a1ail cornlJatlu. Dumouriez prélendail ven:;:erla morl du roi, el lui il amil fail lomlJer la lêle du roi. Ah! que les ~Ioulagnardi avaienl eu raison de lui dire qu'avec la Gironde la conciliation n'élail pas possible. « Oui, citoyens, c·esl moi qui me lrornpai,. J'ai trop longtemps ajourné la L,ataillc. ~lais mainlenanl c·e,l la f:IICrrr. la guerre implacahle coutre les lâches qui n'ont pas osé frapper le lyrao. " El, pendant deu, heures, sa parole se répandit comme la lave. La ~lonlaf,ne, à cellP e,,,Josion longtemps contenue de ses espérances el de se:; colère,, était comme soulevée d'une force rnlcanique: Danton en élail tlcvenu le crati're. 'l'outes les émotions bouillounaienl à la fois dans les âmes oJes Monla.!;nards. Ils aimaient Danton pour sa générosité, pour rnn auclace, el ib saluaient sa victoire sur ceux qui avaient espéré l'accabler. Ils se senlaienl solidaires clr lui, de ses fautes généreuses, de ses nobles imprudences, el à mesure c1uïl :;e juslifiail, ils se sentaient eux-mèmes ju,liflés devant l'histoire. lis étaient excédés par lt•s calomnies des girondins, épouvantés de loul le mal que leur inertie bavarde fabail à la Ré1olution el à la patrie; et ils rnutfraient clepuis longtemps déjà de la lactique de ménagements gardée par Danton. El le ,oici qui, enfin, lui-m0me, étail à bout. Le Yoici qui criail sa colère, Pl qui soulageait de leur longue allenle toutes ces âmes passionnées. Il les flallail aussi, en leur apportant les sublimes excuses d'un grand génie réYolulionnaire trop longtemps attardé à la clémence. 'fous les cœurs ballaient, el ce n'étaient plus des applaudissements, c'élaieol des acclamations de combat el de \'icloire qui réponùaienl à toutes les parole, de Danton, à tous ses gestes montrant l'ennemi. ~laral, comme lransporlé, répétait en écho les paroles de Danton. Écoutez, criail Danton. Ecoulez, redisait :'llaral. Ce ful bien, un momcnl, la fusion de tous ces cœur; ardent,, une magnifique coulée de passions conlontlues. El l'on aurait pu reprendre la gra:ule image:• L'airain ùouldans la fournaise». La Gironde allait en 0tre brûlée. Comme on l'a , u, Levasseur avait, après lrenle-six ans, et quand ces souvenirs lointaius semblaient n'être plus que de la cendre, gardé lïinpression Loule chaude de ce jour : • Pour juger tout l'elîel que produisit sur nous cette éloquente improvi- ;aûou, il faut se rappeler que Danton avait jusqu'alors chercbé à amener une réconciliation entre les ùeu~ côlés ùe l'Assemblée. Il faut se rappeler que, bieu qu'assis au sommet de la llonlagne, il élail en quelque sorte le chef du Marais. Il faut se rappeler, enfin, qu'il avait souvenl blâmé notre fougue, combattu les défiances de Robespierre, el soute11u qu·au lieu ùe gi:erroy<'r contre les Girondins, il fallait les conlraiodre à nous seconder pour sau\'er de ooDcert la chose publique. • Peu de jours même avaol la malencontreuse levée de boucliers de Lasource t l'accablante réplique que je viens de' rapporter, Danton avail eu

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