Jean Jaurès - La Convention

1180 IIISTùlRE SOCIALISTE la conflanre qu'il a\8il eue en uo génie iolrépide el lumioeux, abuser conlre lui cles suprêmes délais qu'il avait donnés au cœur iuconstanl du général et à la forlun<' même d<' la Rt1volution a,ant de prononcer lïrréparahle ruplure Pl rl'enle,•er à I arm,1e un rhef qu'elle aimait, c'était unP lâcheté sans J)récédent. Et c'était en même temps la plus terrible imprn<lenre. Car Danlon, aln-i assailli, ainsi ralo'llnié, ainsi acrulé ou à une chnlP ignominieuse ou à une dért•nse dé,espérée, allait se rulouroer aver loull' son />nergie ré,olulionnaire, nYec tonte son audace virile, ronlre la Gironne tratlresse. • Je n'nuhlierai jamais, écrit L~vasseur trente an5 aprè~, l'inslanl où, dans la séance clu 5 avril (c'est le 1" el non le 5). Lasource commenç~ son inconcevable accusation contre D,rnton. Lorsqu'à l'aide de rapprochements caplieu, il essayait de transformer ce redoutable ~!ontagnard en un parlisan ~ecret de Dumouriez; lor-quïl rassemblait des inductions forcées pour former un ranlôme de corps de délit, et qu'il coordonnait tous les éléments de cet échafau,lagr misérable sans cacher une sorle de romphi,;ance el clr contentement secret; D,mton, immobile sur son banc, relevait s, lèvre avec une expres,ion de mépris qui lui élait propre el qui inspirait une sorte d'elTroi; son regard annonçait en même temps la colère et le Mrlain; son altitude conlra,tait avec les mouYements de son visagP, et l'on voiait dans ce mébnge bizarre de calme ot d'agitation qu'il n'interrompait pas son adversaire parce qu'il lui SPrail facile de lui réµon Ire, et quïl était certain de l'écraser. )lais lorsque La,ource cul terminé sa dialribe, et qu'en pas•nl devant nos bancs pour s'élancer à la tribune, Danton dil il voix basse, eo montrant le côté droil: • Les scélérats, ils voudraient rejPter leurs crimes sur moi », il fut facile de comprendre que son impétueuse éloquence longl••mps contenue allait rompre en~n toules les digues, el que nos ennemis devaient trembler, • En elTel, son discours fut une déclaration de guerre plus encore qu'une ju,tiflcalion. Sa voix de stentor retentit au milieu de l'AssemlMe, comme le canon d'alarme qui appelle les soldats sur la brèche. Il ava1l enfin renoncé au, ménagements qu'il avail crus utiles à la chose publique, et certain de,ormais de ne voir jamais les Girondins se réunir à lui pour sauver la libPrlé, il annonçait hautement que cette liberté chérie pouvait Olre sauvée sans eux. Assez souvent il avail refusé de relever le l{ant qu'on lui jetait presque à cha 1ue séance. Lr gage du combat otail enfin accer,t,'. et en paraissant pour la première fois dans l'arène armé rte loutes pièces, il dut prouver au côté droit que l'on ne pourrait pas san, pci ne renverser un athlète lei que lui. • Le terrible plaidoyer fut en e!Tel un terrible réquisitoire. Qu'y arnil-il de commun entre Dumouriez el lui? Oui, il l'avait ménagé pour sauver l'armée. Mais sa politique était l'opposé des acteg du général félon. Dumouriez était op;,osé à la réunion de la Belgique. Lui, il avait voulu el proposé la rt•u• nion. Dumouriez avait co·11pté sur lrl partie saine dP la Con~enlion, el c'étaient Lous ses ennemi, il lui. Dumouriez ,'étail détourné du peuple, et

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