Jean Jaurès - La Convention

IIIST0111E SOCIALISTII Est-il vrai, comme on l'a dit, que les Girondins furent décidés au suprême assaut contre Danton par la mesure que prit, le 31 mars, le Comité ile sûreté générale? En même Lemps quïl lançait des man lat, d'arrêt contre les générau~ el officiers rnspecls de complicité aHc Dumouriez, il arrêtait que les scellés seraient appo-és sur les papiers de Roland. C'était sans doute la suitP du récit fait à la tribune, le 27, par Danton. lllais le Comité de défense mandait en même temps Danton pour qu'il eût à s'expliquer, et le bruit quïl allait être arrêté courut. L'incident des papiers de Roland n'ajouta que peu de chose à l'~nimosilé des Girondins contre Danton, el depuis plu-ieurs jour, la lulle était décidée. La Gironde voulait se sauver en le perdant. C'est La-ource, le venimeux Lasource, toujours prêt aux iminuations el combinai,ons calomnieuses, aussi bien contre ses collègues del,\ Gironde que conlr,• ses adversaires de la Montagne (il a1ail récemment colporté une invention scélérate contre Brissot), c'est donc cet esprit ficllcu~ de prêtre, qui Lenla, lei" avril, devant la Convenlion, d'accabler Danton. C'est Danton qui a prôné Dumouriez. C'est Dan ton qui, après la lettre du 12 mars, a rassuré le Comité de défense générillc, l'a empêché d'agir vigoureu emenl contre Dumouriez. C'est Danton qui, le z;; mars, revenu de Belgique à Paris, néglige d'aller d'emblée au Comité, comme pour laisser à Dumouriez le temps de consommer sa trahison sans résistance. Enfin (el le plan général d'interprétation que la Gironde appliquait à tout, repar,ill ici) c'est Danton qui, en :iviliss inl la Convention, en la poussant au, violences, en couvrant l'anvrchie el le m'';irlr~, a fait le jeu de Dumouriez, lui a fourni les prétextes de rélJellion dont il avait besoin. « Pour faire réussir la conspiration de Dumouriez, que fallait-il fafrc? li fallait faire perdre à la Co11t·e11tionla co11/ia11cpeublique. Que fait Dantoa? Danton parait deux fois à la tribune. Il reproche à l'Assemblée d'être au-dessous de ses devoirs Il annonce une nouvelle insurrection. Il dit que le peuµle est prêt à se lever (ce sunl les expressions de Danton), el cependant le peuple était tranquille. • Ainsi l'énergie de son patriotisme révolutionnaire, ainsi l'appel fait par lui à J'hérohme du peuple contre l'étranger el contre l'émigré sont invoqués comme une preuve de comµlicilé avec le traitre, comme un signe de félonie. El par qui? Par celle Gironde qui avait d'abord suscité Dumouriez, qui, au témoignage même de M•• Roland, l'avait fait entrer dans le ministère girondin, qui s'élüil un moment brouillée avec lui quand il disloqua le ministère, mais qui s'élaiL hil.tée de se rap;,rocher de lui pour appeler sur elle toute la gloire des armes, comme elle avait déjà l'éclat de la parole el le prestige du pouvoir; par celll\ Giro11dequi. il y a vingt jours à peine. n'admellail I oint au p,\rtage de Dumouriez ceux-là qu'elle accuse aujourd'hui d'avoir été ses confidents, ses agents, ses complices. Il y a eu rarement, dans l'histoire des partis. une manœuvre aussi vile. Abuser contre le grand révolutionnaire de

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