Jean Jaurès - La Convention

118l IITSTOIRE SOCIALIS1'1<; et, 'forts de l'opinion publique, qui nous bloquera de loules parts, nous emporterons ce d6cret qui nous déliHera des hommes qui n'ont pas su défendre le peuple. " La Convention est infectée d'anciens Constituants et d'aristocrates; lâchons qu·ene se purge sans d6chir ements. La France entière fera justice, quanti 11ousaurons épuisé tous les moyens de l'opinion publique. » Comme s'il craignait que Danlo n ne retombât dans son système de concilialion et de temporisalion, ~larat essaya, aux Jacobins, de le lier à la politique de cJmbal. • Loin de moi la pensée indigne de jeter de la défaveur sur un patriote, <'ont j'estime le courage et les principes. Danton, ce n'est point ton patriolbme que j'ai voulu allaquer, m1is ton imprévoyance. Si lu avais prévenu, par une mesure sévère, la trahison de Dumouriez, la juste sévérité n'eilt pas donné le temps à nos ennemis de renouer leurs trames et de creuser l'abime sous nos pas. • Dumouriez est la créature de celle faction sc6lérale qui a provoqué la déclaration de guerre. De protégé il est del'enu protecteur, mais ils ont toujours été conjurés ensemhle. JI, ont prévenu l'explosion de l'indignation générale qui les eôl anéantis. Ils retiennent encore celle explosion. Je ne me contente pas de parler, il me laul des fa ils, et je ne serai jamais satisfait que lorsque la têle des traitres roulera sur l'échafaud. ( Applaudissements.) • Danton, je te somme de monter à la tribune el de déchirer le voile. • DA~Tox.- J'en ai pris l'engagement et je le remplirai. « - Acquitte sur-le-champ ta parole. (Applaudissements.) Acquitte ta parole avec le noble abandon d'un cœur qui ne connaît que le salut de la patrie. • )larat avait, si je puis dire, un élan de sincérité prodigieux. Il était, à celle heure, libre de tout fardeau. JI ne portail pas, comme Danton, le poids rl'une longue complaisance pour Dumouriez. li ne portail pas dans son cœur, r,0mme Robespierre, le poids de jalousies secrètes. Il avait une haine absolue, imµlacable, la haine de la Gironde. Mais envers les autres grands révolutionnaires il n'avait aucune tentation d'envie. Peut-être se jugeait-il supérieur à tous. S'il adjurait Danton, à celle heure, de s'expliquer, de se défendre, de déchirer le réseau d'accusations et de soupçons dont il était enveloppé, ce n'était pas seulement pour écraser plus sôrement la Gironde sous celte force révolutionnaire enfin libérée, c'était aussi pour gard~r ou pour rendre à la Révolution Danton tout entier; c'était pour le sauver des pièges, el pour déchainer de nouveau l'impétuosité de cette vigoureuse nature contre tous les ennemis de la liberté. Par là Marat a eu des heures de grJndeur, et son cœur, ulcéré pourtant et déchiré, connut aux heures de crise des émotions irrésistihles el entières dont l'âme, sincère aussi, mais toujours calculatrice de Robespierre ne fut jamais bouleversée.

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