Jean Jaurès - La Convention

HISTOIRE SOCIALISTI!. 1005 bout, cou\'rait la Gironde. Car comment accuser les Girondins de trahison, quand on laissait à la tète de l'armée un homme qu'ils a\'aient choisi? Ainsi, ni roplirnbme frivole el intér,•~;é de la Gironde, ni la \'iolence forcenée et prématurée des Enraq ,<, du ~roupe Varll'l, des Corrleliers ne répondaient au large molli cment de la conscience révolutionnaire. Le peuple se lev,iil tl'un élan héroïque pour refouler l'élra n,:er qui semblait menacer de nou1eau, pour secourir les patriotes de Belqique, 1iclimcs de leur déYouemenl à la liberté. Il savait bien qu'il y avait à la Cumenlion des hommes adlès el déhiles qui n'avaient pas volé la mort du roi, qui fatiguaient J, nat on de leurs chicanes el de leurs déclamations. Mais entamer la Con\'enlion, c'eùt clé entamer la patrie elle-même, c'eût été faire brèche dans la puis- ,ance nationale, dont il voulait précisément maintenir l'intégrité. Tous ceux qui s'enrùlaienl et prenaient le fusil laissaient à la Convention le soin de dérnas[Juer elle-mème et de réduire à l'impuissance les intrigants. Eu~. ils \'OulaienL comballre, et sur celle terre de Bel!(ique vers laquelle il, se h,ilaienl brillait encore la gluire de Jemmapes. lis n'avaient pas réussi encore, mah(ré les premiers soupçons el les r,remiers doutes, à arracher de leur cœur le num de Dumouriez, qui s'y confondait avec les premières victoires de h liber[(•. Robespierre, Danton, ~larat, Chaumette, lléberl, toute la ~lonlagne et toute la Commune de Paris, formaient à ce moment, entre la Gironde el les Enragés, le n,li centre ardent et agissant d,• la Révolution . .\ cuup ,ùr, si on regarde de prùs, on démêle dans la pen,ée de tous bien de, nuances, b,en ile, différence:; secrètes. ~lais ils sonl unis pour montrer au peu1M Lout le péril que la Gironde lui cache, pour écarter les moyens ,iolents que les .t::nr.,gès propo,enl, et pour faire crédit à Dumouriez. llohc,picrrc, à son habitude, fail la parL du soupçon. Il y a des lr;llrcs : ce sont les 1:énéraux L·moue, Stengel qui, par négligence saus doute rnlontairc, ont permis à l'ennemi de surprendre nos postes sur la Roer. Ces tr.,llr,·s, il Jau,Jra les frapper. li faudra purger l'armée du venin arislocratiqul'. ~Jais, k premier, en homme qui a le sentiment profond des responsabililés, il s'appli,1ue, dan~ la séance du 8 mars, à prévenir la 1-anique. La Révolution a traver,é des p,·rils bien J,lus graves. Qu'est la crise ct·aujourd'hui au;,rè, de celle du Di1-.\oûl! Sur Dumouriez, on dirait quïl hésite. li ne veut pas s'engager avec lui, mab par cela seul qu'il ne le charge pas, il Je cou 1re. Avec ,;a prudence et sa profondeur de calcul accoutumées, il se ménageait de; isSlll'S en loul sens; il faisait allusion au1 griefs que la Révolutiou Cro)ait avoir contré Dumouriez, accusé par plusieurs de n'avoir pas pou:ssé assez vigoureu,,·ment les Prussiens après Valmy, mai:; il n'insistait pas, et il paraissait allribuer le, f.lcililis de fuite qui furent laissées à l'ennemi à l'heureuse fortune de celui-ri, non à la trahison du générnl. • Le plus célèbre des généraux du despotisme, celui dont Je nom sen! 11emblailun signal de destruction, a fui deva11t un gé11érat à peine comm

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