Jean Jaurès - La Convention

109~ IIISTOIRE SOCIALIS'l'E tonnerre de la puissance qui vous est déléguée sur ces tigres qui fonl des commerees qui nuisent au, lrois quarts des hommes, qui entassent dans les greniers dt' l'avarice les denrées de première nécessilé et les subsistances auxquelles 1,,s hommes ont un droil légal du moment qu'ils voient le Jour ... • Mandataires du peuple, nous demandons donc, au nom du salut de la n,;publique française, le rapport du décret gui a déclaré l'argenl marchandise ... « Nous vous demandons des lois répressives de l'agiotage et des accaparements. « '.'ious vous demandons que vous établissiez une contribution appelée l'impôt t1e la guerre, de manière que celui qui a plus de quinze cents livres de rente paie le quart du surplus pour encourager le départ des volontaires et sub,enir à l'entretien des femmes et des enfants ..... La patrie a le droil de disposer de nos bras. Mais les mandataires du peuple doivent ouvrir le trésor de la nalion à ceux qui sont dans l'indigence, à celles qui souffrent de l'absence de leur époux. Ils doivenl purger la République des Lrattres qui, 1,,r leurs calculs usuraires, lui portenl sans cesse le coup de la mort; ils doiwut enfin consul Lenles vœux du peuple, guérir ses maux, prévenir ses besoins et Loul taire pour son bonheur, s'ils ne veulent pas vivre déshonorés el mourir, comme le dernier roi des Prançais, du supplice des trallres. • ' Ce n'est pas Jacques Roux, désavoué à ce moment de tout côté, qui affronte la Convention, mais c·est bien sa pensée, c'est bien cet espril de système qui ramène à une idée fixe el centrale tous les événements. Dans la mort du roi. le, Gravilliers avaient vu surtout la revanche de la misère; dans la crise nationale el révolutionnaire de France, ils voient surtout l'occasion d'affirmer à nouveau leurs vues sur le monopole. C'est comme le manifeste social par lequel Jacques noux cherche à lier d'avance la nouvelle révolution •1ui ,·a\'ance. Il met sa marque systématique sur l'agitation, brouillonae au demeurant, de Varlet el des Cordeliers. Ceux-ci ne pouvaient réu,sir à provo 1urr un soulè1·ement. D'abord, si g-rave qne fill la situation, elle ne semblait point désespérée. Or, pour que le peuple portALatteinte à la Con,ention, il aurait fallu un accès de dése,poir. De plus, pour perdre le, Girondins il fallait, en les ,olidarisanl avec Dumouriez, démontrer que celui-ci trahissait. Mais, à ce moment, la trahison de Dumouriez n'élait pa, démontrable, parce qu'elle n'étail pas encore. li était tenté de trahir, mais aucun de ses actes n'était encore un acte de trahi-on. La marche sur la Hollande avait été désirée par tous les révolutionnaires; l'échec d'une armée, où il n'élail plus, ne pouvail lui Mre imputé avec certilude. Dénoncer à ce moment Dumouriez, c'étail tourner contre la Ré1olution une force inquiétante cléjit el obscure, mais qui pouvait encore ser\ir la Révolution. C'était, sans preuves précises, rejeler à l'ennemi le seul général qui inspirât confiance à l'armée. El Dumouriez, tant qu'il restait de-

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