1006 11ISTOIRE SOCIALISTE dans l'Europe. Le peuple de Paris, le peuple des départements a foudroyé de son couraf(e invincible les satellites des tyrans. Plusieurs départements étaient en,ahis par des armées nombreuses et formidables; nous avons paru, et M•jà elles n'étaient plus. Pourquoi tentent-elles aujourd'hui 1le noul'elles attaque,? Pourquoi n'ave:-vous 9ardé qu'un instant l'espoil' de les voir, ai·Pc leur prince et ta monarchie prussienne, ensevelis dans !Psplaines de la Lorraine et de.la Champaqnc? Grâce à leur heureuse destinée, elles ont échappé; mais le peuple qui les a repoussées existe. » JI n'est pas jusqu'à cette sorte d'anonymat où il réduit d'abord Dumouriez, le confondant avec la nation même dont il rut le guide improvis~, qui ne protège Dumouriez. Mais le 10 mars, Robespierre se découvre davantage. li a appris san doute que Dumouriez a été rappelé d()Hollande, qu'il va grouper les forces françaises en Belgique et tenter un retour offensif cont1·e les Impériaux. Comment pourrait-on sans crime le discréditer à ce moment et l'affaiblir? D'ailleurs, sa haine contre la Gironde trouve hautement son compte à cette apologie, prudente d'ailleurs, de Dumouriez. C'est le Con-eil exécutif où dominent les Girondins qui a empêché Dumouriez (du moins Robespierre le croit) d'envahir la I-lo11ande,il y a trois mois, avant que les Impériaux se fussent reformés. « Le général Stcngel est convaincu de trahison, et le décret d'accus~lion n'est pas encore porté contre lui. Quel est donc l'intrigant qui ne sabira pas l'occasion de trahir la nation française en jouant quelque temps le rôle de patriote et de républicain? « Quant à Dumouriez, j'ai confiance en lui, par cette raison qu'il y a trois mois il voulut entrer dans la IJollande, el que s'il efll exécuté ce plan, la révolution était faite en Angleterre, la nation serait sauvée et la liberté établie. (Quelle illusion! mais il fallait accabler le Conseil exéculifgirondin.) « Dumow·iez n'a eu iusqu' ici que des succès brillants, et qui ne me sont pas à moi une caution suffisante pour prononcer sur lui. Mais j'ai confiance en lui, parce que son intérêt personnel, l'intérêt de sa gloire même est attaché au succès de nos armes. Au surplus la République existe, et quelque puissant que puisse Ure un général, sa faute ne ,·esterait pas impunie; je ne crois pas que jamais il la p0l trahir impunément! » Toul en se découvrant cette fois, par devoir patriotique et conscience révolutionnaire, comme Robespierre s'assure, à tout événement, une retraite! C'est une tactique suspensive et habile, mais qui n'est permise qu'à ceux qui, comme Robespierre, conseillent, critiquent, moralisent, et ne s'engagent jamais à fond dans l'action précise, qui toujours est compromettante. On a dit qu'il y avait en Robespierre quelque chose de félin. Je suis tenté de dire qu'il marche en efret au bord des responsabilités comme un chat au bord d'un toit. Il côtoie l'abime, il ne s'y précipite jamais. C'est peut-être, en période de Révolution, le moyen de durer un peu plus que les autres. Mais que de-
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