Jean Jaurès - La Convention

HISTOIRE SOCIALIS'l' ~ f057 Pt>ul-Nre la crainte e,agérlit-ellc le péril. )lais Cl'llP inquiétu 1e même cles révolutionnaires atteste qu'en effet il y avait à Lyon un sous-sol effrayant et obscur de conlre-révolulion. Delchcr et Salicetti ajoutrnt : • On nous a affirmé qu'il a été crié : Vive Louis X \'li! Le fait peut ètre ronlrairc, mais l'esprit public, qui accueille avec indifférence une JJareille profanation de la liberté, est fort remarquable. • Pour surprendre et briser celle sorte de conspiration dilîuse el e,pectanle, mais singulièrement dangereuse, il et1t fallu un pouvoir actif et énergique. Or, parmi les Girondins de Lyon, les meilleurs, ceux qui élaienl le plus noblement enthousiastes de liberté, ceux qui rêvaient le plus généreusement, selon une tendance du génie lyonnais, de faire œuvre d'éducation populaire, d'exercer une sorte de patronage moral sur la classe ouvrière et de l"élever à la pratique du régime nouveau, étaient incapable~ cl"aclion. Le contre-révolutionnaire Guillon, dans l'histoire prodigieusement partiale, mais très documentée, qu'il publia en 1707, parle avec colère et dédain d'une sorte d'institut ropulaire organisé par eux. • Pour parvenir à son but, cette faction (les rolandistes) s'était emparée de l'instruction publique. Des discoureurs girondins de la société de Pélata, installés sous le titre de professeurs ùans ce grand collège, autrefois illustré par ses maitres el ses élèves, enseignaient atlx gens du bas peuple à devenir des hommes d"État ou des philosophes. Le médecin Giliberl, le président Froisrnrl y faisaient les plus ridicules cours de politique el de morale qu'il soit possible d'imaginer. Gilibert y professait, fort à propos, que la souverai,ieté du peuple n'existait plus que dans ses 1·eprése11tants, et ~'roissarl le mo,·aliste donnait des leçons d'amour conjugal. Nous ne dirons rien des au· tres professeurs qu'une imagination ardente, une ambition de philosophisme ou la plus famélique complaisance faisaient marcher sur la trace de ces deux principaux instituteurs des sans-culottes. • Ces « instituteurs• adressaient parfois au peuple des appels qui n'étaient pas sans hardiesse. lis répudiaient le feuillanlisme et l'esprit d"aristocratie. El Guillon parle avec irritation et ironie des « flagornerie, • que Gilibert prodigua aux sans-culolles, le 3 février, clans un éloge de ,\liche! Lepelletier. • Qu"étaient nos ci-devant échevins? s'écria Gilibert. Leur chaise curule était d'or massif et ils y dormaient. J'invite les ouvriers que l'orgueil de l'aristocratie avait jetés dans la poussière de l'obscurité el la léthargie de l'ignorance, à fréquenter nos sociétés populaires, à suivre assidument notre cours de politique et de morale, el je réponds de leur rapide progrès clans la science du gouvernement. - Le peuple est bon, invariablement juste. Ses erreurs sont des éclairs, des bulles de savon. Il est perfectible et rien ne l'empêche ù"aspirer aux grandes places. • Mais tout cela, jeté dans la tourmente, n'était que pédantisme, el les ré-

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