Jean Jaurès - La Convention

1036 llJSTOinE SOCIALISTE fpuillants el leur complaisance ou leur indulgence pour les royalistes allait grancli,sanl à me:mre que la Révolulion s'exaspérait. J'ai nolé. tl propos des cahiers de Lyon, que l'arislocralie lradilionnelle y étail plus progressive. plus moclcrne el libérale qu'ailleurs, parce qu'elle s'élail intfres,éc cl mêl(·c aux grandes affaires de la cilé; mais en revanche les grands m1rchands aussi aYaienl moins de défiance à l'égard de celle arislocralie, el devanl le ,, péril social », ils étaient prêts à faire cause commune avec elle. En loul cas, ils ne la troublaient pas el ne la surveillaient guère dans se, tentatives secrètes d'organisation. Même des amis de Roland, comme Vilet, lui écrivaient en novembre : • :'iou, devons le dire hautement, les classes les moins aisées sonl seules dans le vrai sens de la Révolulion. C'esl là seulement que nous avons trouvé des républicains. Parmi les riches, l'esprit public est mauvais ». lis ajoutaient : « Les corps aùministrali[s sont sans énergie el presque sans moyens. Les tribunaux n'onl pas la confiance du peuple. • lis signalaient • la coupable indifférence des riches pour la cbose publique. » Sous ces adminislrations molles ou complaisantes, les éléments contrerévolulionnaires du llidi el du Cenlr.e avaienl trouvé un abri à Lyon. Les hommes compromis dans les luttes d'Avignon, d'Arles, de l'Ardèche, de la Lozère, trouvaient, sous de faux noms, un refuge dans la grande cité : les conspirateurs du camp de Jalès ou d'ailleurs, qui avaient manqué leur coup, y venaient reprendre baleine en allendant des jours meilleurs. C'est Vilel lui-même qui parle à Roland cie • la protection accordée à Lyon aux. aristocrates d'Al'ignon, d'Arles, de Nîmes, de l'Ardèche el de la Lozère.» Roland lui-même, par ses perpétuelles déclamations ministérielles contre la Commune de Paris, conlre • les anarchisles », contre toutes les mesures vigoureuses, perquisitions, cerlillcats de civisme, etc., qui pouvaient atteindre les aristocrates, paralysait chez ses amis même les moins suspects de tendresse pour la royaulé, l'action révolulionnaire. De l'ardent et profond catholicisme de la sévère cité bien des traces subsistaient; de même. que les nobles, les prêtres réfractaires abondaienl à Lyon. Les communautés religieuses, malgré le décrel rendu en aotH par la Législative, ne s'étaient pas dissoutes; le 6 janvier 1793, une pétition de la section du Cbange (cilée par M. Charlely dans sa substantielle el pénétrante étude sur le 29 mai à Lyon) demande la disper,;ion des comruunaulés de religieux el congrégations de lazaristes, joséphistes, oratoriens. Les Conventronnels Lacombe Saint-Michel, Salicelli et Delcher allant en Corse, et de pas,age à Lyon, écrivent à la Convention, le 20 février : " Lyon est un foyer de contre-révolution; dans les tables d'hôte, il est dangereux de se montrer patriote; il existe plus de six cents commis de bou• tique qui ne sont que des ci-devant o[[lciers de troupes de ligne qui onl émigré el qui sont rentrés en qualité de commis de magasin. •

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