Jean Jaurès - La Convention I

[>18 IIIS'l'OIHE SOCIALISTE de la presse co:mne un enfant tnorl-~é el qu'il n'ait pas éveillo une grande curiosité chl'z mes concitoyens. J(' n'avais pas la faiblesse de supposer qu'il halakrail imrné<li11lemenl toute erreur devant lui. comme un flux puissant des vagurs de l'océan; je saluai l'opposition qu'il rencontra, directe ou indirecte, d'arguments ou de facéties, comme un symptôme non équivoque du résultat que je désirais si passionnément. • Et maintenant que la réa~lion est venue, maintenant que l'économie capitaliste triomphe, maintenant que le silence el l'oubli se l'ont sur ce qu'on appelle, dil amèrement Godwin, les" spéculations visionnaires» de la grande époque crêatrice, Go,\\\ in femllle leur jeter, avant de mourir, un regard d'adieu. 11ne les mèlera pas à son livre sur la population, qui a un objet distinct; mais il lem réserve, au plus profond de son âme el de sa pensée, une place de prédilection. « Je me suis à peine permis, dil-il, de rappeler le~ belles visions (si toutefois dies doivent s'appeler des visions', qui enchantaient mon âme et animaient ma plume quand j'écrivai:; cet ouvrage (tlte beauti(uL visions w!tic!t enchanted my soul and animated my pen). » Comme lie l'océan chauff6 par le ,oleil montent des nuées c1·or, de la vaste et ~haude Ré1olulion mouvante les prerniers r<\vessocialistes montaient. l\è1·es féconds comme la nuée qui va au loin susciter la vie. ~lais quoi! God11in, par J'àpre condamnation du luxe, par le niveau spartiate passé, :;emble-t-il, sur les joies de la vie el la puissance inventive de • l'industrie raffinée, ne se :;ép1re-L-il point de la vie elle-même? Ne rompt-il pas avec le monde morkrne·? li ~emllle parfois rlédarer la guerre à la civilirntion même, et rêver une simplification de l'existence qui en serait l'nppauvris- , ..menl : « L'objet de la société présente est de multiplier le travail, l'objet de La société future sera de le simplifier. » ~lais qu'il n'y ail point de m6prise : ce que combat Godwin, c·est le luxe ari-locratique, luxe de rnnité et de privilège; ce n'e;t pas le luxe délicat, sohre et sévère auquel toute l'humanité pourra :;'élever d'un effort colledif après al'oir assur6 à tous le nécessaire du corps el de l'esprit: • On m'oppose - el la v6rité de celle maxime ne sera pas contestée - que le raffinement vaut miem: que l'ignorance. II vaut mieux être un homme qu'une brule. Par suite, les attributs qui ,éparent l'homme de la brute mut les plus clignes d'affection el de culture. Élégance de goût, délicatesse de sentiment, profondeur de 1 énélration, éleu<lue de science, sont parmi les plus nobles ornements de l'homme. ~lais tout cela, dit-on, est lié à l'in6galilé; tout cela est une conséquence du lu,e. C'e,t le lu,e qui a construit les paldis cl peuplé les cites. C'est pour obtenir une part de ce luxe, qu'il constate chez ses riches voisin,, que l'artiste développe tous les rafllnements de son art! C'est à cela que nous de10ns l'archilecture, la peinture, la musique el la- poé-

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