()80 IIISTOlfiE SOCIALISTE montrent surabondamment), les cultivateurs anglais, qui ne payaient plus ou pre,qur plus de rcdc1ances féodales; qui étaient alîranchis de la plupart cles corvées pe,ant Hir Ir paysan de France; qui ne payaient plus ni la taille, ni Ja dime, ni le quinzième, ni en général aucun impôt auquel Ioules les clas,es de la naliou ne fussent également soumises, el qui étaient protégés par le ,y,lème dr, lrès longs baux contre l'arbilrairP- du propriétaire, ne pou- ,aient oppo,er à l'or,lre social de leur Lemps el rie leur pays aucun des griefs qu'élc,airnt si violemment les paysans de France. Les cahiers signés dans la plupart des paroisses rurales par les paysans français n'auraient presque pas eu de sens pour les paysans anglais. El pour marquer d'un dernier trait la dilférence, on se rappelle qu'en France, dans les cahiers, les plain les des paysans étaient dirigées aussi bien contre les gros ferniiers, accust\s d'accaparer la terre, que conIre le noble. Ce sont là .:lesgriefs propres à ces pays de petite culture, où les modestes exploitants abondent el où ils rnienl a\'ec colère les tentatives d'un petit nombre de grands entrepreneurs de culture pour absorber plusieurs petites exploitations. En Angleterre, au contraire, Loule l'agriculture reposait sur le système des grandes fermes, des grandes exploilalions à allure capilaliste, el les rares petits tenanciers, groupés autour des grands fermiers, n'avaient pas mème la pensée de protester contre ce système qui élail devenu la forme dominante el presque e~clusive de la production agricole. Ce n'est pas, certes, que les fermiers n'eù ssenl bien des griefs contre les gr,rnds propriétaires nobles. D'abord, malgré la longue durée des baux, les seigneurs trouvaient bien le moyen d'élever le fermage. EX ils procédaient parfois, à l'expira lion du bail, à un relèl'ement d'autant plus sensible que le fermage était resté immuable pendant de longues années. De là de fréquents confli(s, el, de la pari de beaucoup de fermiers, de vives plaintes. De plus, l'optimiste peinture faite par Adam Smith du progrès politique et social de la classe des fermiers laisse dan, J'ombre bien des soulîrances et des misères. Ce n'est qu·au prix de longues luttes, ce n'est qu'après avoir subi bien des vexations que les fermiers obtenaient, par exemple (et ils ne l'ohtenaienl pas tous). que les services accessoires et d'ordre féodal dont le bail élail grevé obscurément fussent éliminés. c·esl d'un aëcent douloureux el profond que le grand poète écossais Burns chante les douleurs des fermiers el des payrnns d'Ecosse, leur dure vie de labeur et de suj6lion. Souvent encore, malgré l'évolution générale de l'Angleterre du féodalisme au capitalisme, la puissance fé.oàaleel la puissance capitaliste se doublaient l'une l'autre pour accabler le pauvre paysan. JI était tenu aux redevances élevées, croissantes, que suppose le régime du fermage, el il subissait en même Lemps les innombrables servitude, de détail dont se composait jadis la l'as,alité. :\fais, malgré tout, il 6tail impossible de dresser un cahier gémirdl de ces doléances. Les restes de féodalité ne subsislaienL
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