HISTOIRE SOCIALISTE ()',[ en môme temps, s'il le compromet, d'en être brutalement clésavou6. A voir tous ces manèges de pru~ence et toute celle diplomatie, je suis tenté de croire que c'e,l uniqu~menl pour ne pas aggraver son cas cl pour glis,er ses idées révolutionnaires rnns trop de péril, que l'auteur se garde cl~ toute alh1sion à la Révolution fran~aise. :.tais je crois bien qu'elle est le vrai foyer où ses pensées prenaient force. Car il y a bien loin des pamres phrase, apitoyées el ,agues de Wieland, que j'ai citées, sur la mi•ère des journaliers cl sur la nécessité de créer des ouYroirs nationaux, à tout le plan de communisme égalitaire développé par 1'6rrivain. Dan~ cet exposé communiste, « les Droits de l'Homme » reviennent sans cesse comme un refrain, el quoiqu'il y ait dans Wieland même, comme nou; l'avons vu, une déclaration des Droits, il est bien malaisé de penser que cel appel aux Droits de l'Homme, en iî0Z, n'est pas un écho de la Révolution. Parfois môme, r.:ialgré les calculs de prudence de l'auteur, l'accent révolutionnaire éclate. Quand il parle de la longue patience, de lïncroyable résignation des peuples à toutes les exploitations et à toutes les servitudes, il ajoute : « Sauf quand le désespoir, de sa main puissante, rétablit l'homme dans ses droits». C'est bien, en ce passage, le grondemenl sourd de la Révolution voisino. A vrai dire, son communisme re,te encore très utopique, et tandis que chez Dolivier, chez L'Ange, che1. les premiers socialistes français, le lien réel des idées communistes et des événements révolutionnaires apparaît, ici l'idée communiste reste dans l'abstrait, et on serait tenté cle ne voir dans cc livt·c qu'une thèse d'école, s'il ne participait malgré tout, par je ne sais quel frémissement el par le tour audacieux de certaines paroles, à l'ébranlement du monde: « Beàucoup d'hommes n'ont pas ce à quoi leurs besoins leur donnent droit, et le mécontentement universel n'est que trop fondé. « A mesure que s'accumulent les richesses, grandissent aussi les besoins factices des privilégiés; de là gaspillages, convoitises, envie, violence. « Ah! s'il était possible que la propriété privée (Private_ige11thwn) cessât d'être le seul moyen, si corrupteur, d'étendre son moi, et si le citoyen, comme les enfants dans la maison du père, pouvaient se rassasier à la table commune d'un 11:talaux proporlions modestes, quelle foule énorme de crimes, et plus encore de vices, amis des ténèbres et fils du luxe, s'évanouiraient! » Mais quel chaos d'idées dans cette Allemagne morcelée· et impuissante! Le communisme, l'étroite et familiale solidarité, n'apparait possible à l'éc1·ivain que dans des Etats minuscules. Et voilà son communisme marqué d'un trait rétrograde, négation de la grande Allemagne unifiée. Mais « cette suppression de la propriété privée est-elle conforme à la nature humaine? Comment l'indu,trie se mainliendra-t-elle à l'avenir, si la propriété, l'œuvrc de ses mains, lui est enlevée? » Observez qu'il ne s'agit pas ici seulement du communisme agraire, mais
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