Jean Jaurès - La Convention I

HISTO!ll.E SOCIALISTE 639 sa sensibilité douloureuse el impuissanle, contre son pessimisme aITaiblissant. li convie tous les citoyens à h lutte vigoureuse, à la fois libre el concertée, individuelle et collective, contre • la nature •• c'est-à-dire contre la souffrance, contre l'inju,tice, contre lïnégalil6. « Quiconque ne sent pas la douleur des autres hommes, est un homme vulgaire. Celui qui sou!Trede la douleur des autrrs doit chercher à se libérer de celte sou!Trance en employant toutes ses forces à améliorer l'ordre de choses dans sa sphère el tout autour rie lui. Et en supposant même que son c!Torlen ce sens resterait stérile, le sentiment de son activité, la rne de sa propre force luttant contre l'universelle corruption, suffisent à lui faire oublier s1 douleur. C'est en cela que pécha Rousseau. li arait de l'énergie, mais plutôt l'énergie de la souITrance que l'énergie de l'action; il sentait fortement la misère des hommes, mais il sentait beaucoup moins les forces qui étaient en Iui, capables de dominer celte misère; el ainsi, il jugea les autres comme il se sentait lui-môme: il exagéra la débilité de la race humaine devant la misère unherselle, comme il rrsscntait trop sa propre faiblesse devant sa propre misère. JI calcula les souffrances; il ne calcula pas les forces que l'hun11nilé portail en elle pour les vaincre. Paix à sa cendre, el bénédiction à sa mi•moire. li a agi. li a versé le feu dans bien des Ames qui ensuite allèrent plus loin. Mais il agit presque sans avoir luimême conscience de sa propre activité. 11 agit sans appeler d'autres hommes à l'action, sans calculer la puissance de cette action commune contre la totalité de la sou!Traoce et de la corruption ..... Ainsi Rousseau peint la raison au repos, et non au combat; il débilite la sensibilité, au lieu cle fortifier la raison.• Oui, mais si l'Allemagne sortait du cercle de la passion impuissante, si elle allail au delà de Werther, au delà de Rousseau, si elle empruntait à Rousseau le feu de son a.me mais pour en passionner un monde nouveau, si elle proclamait sa foi dans l'action, dans l'action indil'iduelle el clans l'action sociale, si elle déclarait la guerre aux forces du mal, à l'inégalité, à l'ignorance, à la misère, à la servitude, n'est-ce pas que l'incalculable force d'action qui soule,·ait la terre de France s'était propagée, par un grand ébranlement, aux pays voisins el à toute l'étendue des esprits? Ainsi, m~me dans la placide el somnolente Allemagne, d'âpres cimes surgissaient, sous la pression du feu intérieur dont la France révolutionnaire était le foyer. Est-ce que, en Allemagne comme en 'France, la question de la propriété elle-même, de toute la propriété coromençail à se poser? La critique, appliquée à la propriété féodale et ecclésiastique, s'étendait-elle à toutes les formes de la propriété, aux formes bourgeoises el capitalistes comme aux autres? El peut-on trouver dan~ le mouvement de la pensée &llemande l'équivalent des pensées encore incertaines, du demi-communisme de Dolivier, du demi-fouriérisme de L'Ange? En lisant la correspondance de J<'orster,je fus très frappé de ce qu'il écrivait de Paris à sa femme, le 19juillel 1793: « Un bon livre aile-

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