638 11 ISTOIRE SOCIALISTE juridiques laissaient hor, ci'.1lleinle. elles laissaient même hors du débat la croyance elle-même, el la validité ùu contrat appuyé sur la foi. C'est par là que la Ré10lulion put réussir. Et lorsque, trois ans après les discours de Talleycand, ùe Tbourel, de Mirabeau, trois ans après les grandes mesures qui sécularisaient au profit des bourgeois et paysans de France tout le domaine d':Cglbe, on lit les paroles audaci_eusesel presque provocatrices de Fichte, qui veut libérer il la l'ois la conscience et la terre, et celle-ci par celle-là, on est d'abo,·d frappé de celle combinaison hardie d'esprit révolutionnaire e( d'esprit kantien; on admire ce que l'exemple révolutionnaire de la France, bouJevcr,anl tout le vieux système féodal et ecclésiastique, communique d'audace agressive au kantisme, et tout ce que le kantisme donne de profondeur, d'intime et héroïque liberté, à l'esprit révolutionnaire un peu extérieur de la France . .\lais on comprend aussi bien vile que si la France révolutionnaire avait surchargé du problème de la croyance la question déjà terriblement lourde de l'expropriation totale des biens d'Eglise, elle aurait succombé. Les légistes révolutionnaires, expéditifs et hardis, réduisant au minimum les bagages de la Révolution en marche, lui ouvrirent d'emblée des routes toutes droites il travers la vieille forêt de préjugés el d'erreurs; mais· ils ne frappèrent d'abord à coups de hache que juste ce qu'il fallait aballre pour que la Révolution passât. Bien des murmures, des croyances et des rêves d'autrefois continuaient à floller dans la vieille forêt humaine. Qu'importe! la trouée de la llél'olution était faite. El le sol même où croissait l'antique forêt était arraché à l'Eglise. Lentement se modifieront les sèves. Fichte, au contraire, avant de 11ationaliser el de séculariser la (erre, demandait ,tux arbres el au, brins d'herbe de renoncer aux flottantes chansons de jadis, aux bruissements accoutumés dans le vent du soir. C'était immobiliser la Révolution au seuil de la forêl incertaine et obscure. A.ureste, la déduction toute individualiste et subjective de ~'ichten'aboutissait pas à une action <l'ensemble, la seule décisive contre un ennemi redoutable. Ce n·est pas tout le domaine d'Bglise qui aurait été sécularisé, mais seulement la part de ce domaine correspondant aux revendications des individus a!îranchis de la foi. La théorie de nos légistes, au contraire, invalidait les contrats de <lonat'ion ou autres qui avaient constitué la propriété d'f:glise pour des raisons générales. Et c'est toute la propriété d'f:gli:;e, en bloc, qui était transférée par eux à la nation. Ainsi la Révolution de propriété, transposée sur le mode pe Ja pensée allemande, perdait un peu de sa vigueur et de son audace. Ce h'esl pas que Fichte ne fût qu'un spéculatif impuissant ou un rêveur incertain. li a cherché au contraire les formes précises par où la Révolution française pouvait entrer dans l'esprit et dans la vie de l'Allemagne. Bien loin d'endormir celle-ci par une sentimcntalilé vaine, c'est l'action qu'il lui propose. Quelque admiration qu'il ait pour Rousseau, dont il e,t tout pénétré, il met l'Allemagne en garde contre
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