Jean Jaurès - La Convention I

IllSTOL[lE SOCIALISTE profonds à réfléchir sur les principes mêmes de l'économie sociale? Toul au fond de l'abime ouvert par les convulsions de la terre, c'est la f<:>rcdee travail qui, comme une source chaude el impétueuse, bouillonnait el jailli,sail. Mais de quel dédain Fichte accueille les privilégiés qui, brusquemenl privés de l'exploilalion du travail des autres, ne pourront plus vivre I l,l avec quelle ironie terrible, Loule pénétrée de gravité juridique, il leur offre une indemnité! « Si donc le privilégié ne peul plus alléguer, pour s·annexrr la force de travail des autres, Te droit de fa propriété héréditaire, il doil lrarniller, qu'il le veuille ou non. Nous ne sommes pas tenus de le nourrir. « .liais il ne peut pas travailler, dit-il. Dans la confiance que nous continuerion.~à le now·rir par notre travail il a néglig,; d"exercer et de former ~esp1·oprcsforcrs, il n'a rfon app,·is qui lui pe,·mctte de se nourrir, et rnai11trna11til est tmp tard, maintenant ses forces sont t,·np affaiblies et rouillées par une longue paresse pour qu'il soit encore en <onpouvoir d' apptencl,-r quelque chosed"utile. - Et de cela vraiment nous sommes responsables par 1Pcontrat peu sage q11rno11<avions consenti. Si nous ne lui avions pas lai.,sé crofre dès sa jeunesse que nous le nourririons sans aucun effort de sa part, il aurait dû apprendre quelque chose. Nous sommes clone tenus, et cela en vertu du droit, à lïndemniser, c'est-à-dii-e à le nourrir, jusqu'à ce qu'il ait appris à se nourrir lui-même,• Oui, terrible déduction juridique. La seulr chose que nous devions au privilégié, c·est une indemnité pour les habitudes de paresse et d'incapacilé que notre complaisance a créées en lui. "~lais comment devons-nous le nourrir ? Devons - nous continuer à manquer ùu nécessaire pour quïl pui,se nager dans le superflu, ou bien suflll-il de lui donner l'indispensable ? •> Écoulez quel accent de colère révolutionnaire vibre dans la réponse de Fichte el comme il a été irrité par tout l'étalage de fausse pitié où se complaisaient, à l"égard de la famille royale et des princes de France, les contrerévolutionnaires allemands: « On a vu parmi nous bien des sentiments mélancoliques el on a entendu bien des plaintes au sujet de la misère supposée de beaucoup d'hommes qui étaient tombés soudain de la plus grande splendeur dans une condition bien plus médiocre. « Ces plaintes venaient d'hommes qui dans leurs jours les plus heureux n'ont jamais eu le bien-être dont jouissent, dans leurs jours les plus rnaunis, ceux sur lesquels ils s'apitoyent, el qui tiendraient pour un bonheur extrême le faible reste du bonheur de ceux-ci. L'effroyable gaspillage de la table d'un roi a été un peu restreint, el des gens qui n·onl jamais eu el n'auront jamais une taùle comparable à celle tahle royale un peu diminuée, regrettent ce roi. Une reine a manqué quelque temps de quelques ùijoux, et ceux qui auraient été bien heureux s'ils avaient pu partager ce manque, dé-

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