Jean Jaurès - La Convention I

HIS'l'OlRE SOCIALlS'r8 Fichlc à la RéYOlulionfrançaise. C'csl dans un livre destiné à défendre la [\évolution que Fichle proclame le droil souverain de la force de travail. C'est l'ébranlement révolutionnaire qui a fait éclater, sous les institutions périssablr•, cette force de travail éternelle. Lorsque Fichte déclare qu'en se reliranl d'une forme de propriété où elle s'était engagée d'abord, la force de Lral'ail ne doil aucune indemnité, parce que c'est elle qui avail créé d'abord les valeurs que maintenant elle détruit, il proclame que la force de travail est le droil souverain qui n'est comptable qu'avec lui-même. Mais n'est-cc pas la Révolution qui avait aboli sans indemnité toute servitude personnelle? Je ne sais si Fichte avait entrevu, dès 1793, les linéaments du système d'organisation socialiste qu'il tracera plus lard dans l'État commercial fermé. On dirait parfois, au tour énigmatique de ses paroles, qu'il réserve une partie de sa pensée. Il annonce une transformation nécessaire de loul le système des échanges. Entendait-il seulement par là la liberté entière des échanges et du travail substituée au régime corporatif el féodal? Pourquoi ne le dil-il pas plus expressément? Il me parait probable qu'il était dès lors préoccupé de trouver une règle juridique de ces échanges el qu'il commençait à entrevoir clans la valeur constituée par le travail la me,ure du droit économique. Les efforts tâtonnants de la Révolution française pour déterminer les prix ne lui échappaient pas. Et sans cloute il songeait il lroul'er une base de détermination. "Que celui qui a des yeux pour voir, voie h, dit-il un peu mystérieusement, el il nous avertit par là que les conséquences de ses principes vont au delà de cc qu'il a marqué lui-même explicitement. Ce n'est donc pas seulement la ré,orplion de toutes les grandes propriétés par le travail qu'il prévoit. Une fois toutes ces forces de travail en présence, quelle sera la règle de leurs rapports? i'\e sera-ce pas le travail lui-même? Ainsi Fichte commençait sans doute à pressentir le système selon lequel J'échange des produits sera réglé par la communauté, sur la base des valeurs intégrées en chaque objet par le travail. ~lais sans doute aussi ces pensées étaient encore très flollanles et très obscures en son espril à celle date. Je suis porté à croire que la politique du maximum, appliquée en France en 1793 cl 1ï94, précisa en ce sens les idées de Fichte. Cel immense effort de réglemrnLalion et d'organisation des pri, restait arbitraire, puisque c'est sur les prh de l.790, majorés d'un tiers, qu'étaient construits les prix nouveaux. C'était une base toute empirique el Fichte chercha certainement une base rationnelle. On peul dire que Je système de Fichte, c·est le maximum appuyé à une idée, el déterminé selon une règ'le de raison. Ainsi l"extraordinaire crise des pri~ qui en France suscitait les systèmes de Dolivier et de L'Ange, ,uscilait en Allemagne les pensées de Fichte. Quoi d'étonnant qu'un prodigieux désordre économique ait induit les esprits

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