Jean Jaurès - La Convention I

GIR ll!STOIHE SOCIALISTE pourquoi r,t-il né~e,<airc qn'it celui qui a cent charrues de terre, chacune de ,·es charrues rapporte autant que son unique charrue à celui qui n'en a qu'unr·• •• c,,,t d'une dialectique pressante el hardie. 'foule l'argumentation de Fkhte peul se résumer ainsi : Si l'esclal'age el le servage sont un abandon cornplt'l el inconditionnel de l'homme à un autre homme, s'ils nïmpliquenl ;. aueun degré des engagements réciproques el un contrat, ils sont un.~cle de la force pure, ib sont en dehors même de la sphère du droit cl ils sonlc,senliellrmenl nuls, car l'homme n'a pas le droit de se supprimer lui-même en se dùnnant ab,olurnent cl à jamai,;. Si au contraire ils sont, en. leur e,,encc, des contrats, ils peuvent, comme tout contrat portant sur la force de travail de l'homme, prendre fin par la volonté de l'une des parties. El en soi, la résiliation de ce contrat, laisrnnl un libre jeu ultérieur à toutes les volontés en pré,ence, n'entraîne aucune indemnité. Profonde el audacieuse application de la théorie du contrat implicite aux relations économiques el sociales des hommes, aux rapports de propriété. Par la vertu d'un conlral latent, il n'y a pas prescription contre la liberté el la dignité de l'homme. L'esclave et le serf, en reprcnan l leur liberté, ne rentrent pas violemment dans un droit abandonné par eux; ils c,crcen t, sous une forme mieux appropriée à la dignité el à l'action de la personne humaine, le droit que sous les formes accahlante:; de l'esclavage cl rlu serva~e ils u·avaient pas, malgré tout, cessé de maintenir. Ah! qu'on ne s'étonne point, qu'on ne se scandalise point des elforls qu'est obligée de faire la pensée humaine 11la fin du XVlll' siècle, pour justifier l'abolition de l'esclavage el du servage! La ,eille encore, Justus Mœ,;er en affirmait la légitimité; et la Révolu lion française faisait scandale en bien des esprit:; allemand,; précisément parce qu'elle avait rompu les cbaint>S de la ,enilude personnelle el réelle. Cela était dénoncé comme une atteinte à la propriété, el Fichte s'ingénie à démontrer qu'il n'y avait pas là une rérnlution, mais une forme nouvelle de l'éternel contrat du travail qui toujours en son fonds avait impliqué le droit de la personne humaine à dbposer do soi. ~lais si les maitres el possédants d'aujourd'hui ne peuvent pas se plaindre de l'exercice de ce droit, ils se plai6'1lent du moins des conséquences de l'e.xercicc du d;oit. lis se déclarent doublement lésés dans leurs jouissances el dans leur propdélé. 1Iais lanl pis pour eux vraiment s'ils sont atteints dans leurs jouissances 1 Dire qu'ils ne peuvent satisfaire leurs besoins que par le concours de la force de travail de plusieurs hommes, c'est diro que ces hommes ,onl simplement de;.linés à ,erYir d'instrument au pos,édant, au bénéficiaire. Or il n'y a pas de contrat qui puisse reposer valablement sur celle clause. Lorsque donc des hommes se libèrent des liens de l'esclavage ou du sel'\ age comme d'un contrat de travail trop onéreux pour

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