Jean Jaurès - La Convention I

UISTOIRE SOCIALISTE 617 du contrat, il a négligé d'en conclure d'autres qui lui auraient été avantageux. Mais la réponse est bien simple; nous aussi, de notre côté, liés par notre contrat envers lui, nous avons négligé des contrats qui nous eussent élé profitables; el en fait, nous n'en avons conclu aucun. Maintenant, nous le prévenons. Il pourra disposer de son Lemps à sa volonté; nous disposerons de mème du nô.Lre; nous ne l'avons pas surpris ; nous sommes sur le m~me I)ied que lui. liais ses plaintes se précisent. En ce qui louche les contrats de travail e;\clusifs, et le droit total ou partiel que nous lui avions reconnu sur nos propres forces, il se plaint qu'il ne recevra plus son travail tout fait, dès que le contrat aura été résilié par nous. Dès lors, il est obligé de faire plus de travail que n'en peul faire un seul homme, ou qu'en tout cas il n'en peut el n'en veut faire lui-même. « Mais traduisons exactement ce grief; il revient à ceci. C'est qu'il a trop de besoins pour qu'ils puis,ent être satisfaits par le travail d'un seul homme; el il demande à employer pour leur satisfaction la force d'autres hommes, qui devront retrancher de leurs propres besoins tout ce qu'ils dépensent de force à contenter les siens. Qu'une pareille pl<1intepuisse el doi,·e êlre écartée, il n'y a même pas là sujet à discussion. Mais il introduit une raison plus solide pour justifier la grosse masse de ses besoins. Sïl n'a pas immédiatement plus de forces qu'un autre homme, il possède le produit de plusieurs forces qui lui a peut-être été transmis comme un patl'imoine par une longue sui le d'aïeux; il a plus de propriété, et pour l'utilisation de celte propriété il a besoin de la force de plusieurs hommes. Celle propriété est à lui et doit rester à lui; il a besoin, pour la mettre en valeur, de plusieurs forces étrangères; c·esl à lui de voir à quelles conditions il pourra disposer de ces forces. Il se produit un libre débat d'échange qui porte sur certaines parties de sa propriété et ,ur les forces de ceux qui sont nécessaires à la mise en œuvre de celle propriété; et dans ce débat chacun cherche à gagner le plus quïl peut. 11 se servira de celui qui lui fait les conditions les plus douces. S'il abuse de la supériorilé qu'il a sur l'opprimé dans les jours de misère, il est exposé aussi à l'inconvénient de voir celui-ci rompre le marché aussitclt que la misère la plus pressante est passée. S'il lui fait des conditions équitables et favorables, il aura cel avantage que les contrats durernnt. Mais alors, si chacun évalue son travail au plus haut prix, le propriétaire, loueur d'ouvrages, ne peut plus utiliser sa propriété aussi bien qu'auparavant et la propriété diminuera considérablement. -Cela peut bien arriver; mais qu'est-ce que cela nous fait? De ses domaines qui s'étalent au soleil nous ne lui avons pas pris l'épaisseur d'un cheveu; nous n'avons ))as pris un denier de son pur argent. Nous ne le pouvions pas. liais nous pouvions rompre un contrat avec lui, qui nous paraissait désavantageux et cela nous l'amas fait. Si son bien patrimonial est diminué par là, c'est donc qu'auparavant il a élé accru par l'application de nos forces et nos forces ne sont pas son patrimoine. Et

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