Jean Jaurès - La Convention I

lllS'l'OlllE SOCf.1..LIS'l'E mèm,·s. Toul cela c,t !Jeaucoup, mais c'e:;t bien peu en regarcl cl'un autre o!Jjel hil'll plus important. •Aussi longtemps que les hommes ne soul pa, plus sages et plus ju,les, Lous leurs elfurls pour ùevenir heureux sont vains. Échappés de h geùle des des1>otc~.avec les débris de leurs chaînes brisées ils se tuent les uns les autr,•s. Il serait trop triste que leur proprn ,ouITrancc, ou l>icn, s'ils ,c laissent avertir à temps, la souffrance des autres ne les conduise 11asà plus de ,;a~e,,e et de justice .. \insi tous les hénemcnls rlu monde ne m'app1rai~scnt que comme d'instrucli ves peintures que développe la grande éducatrice de l'humanité. La füholution française est un riche tableau sur cc thème : les droits de l'homme et la dignité humaine. « Le IJul de cPlle tragique peinture n'est pas que quelques privilégiés seulement apprenneqt et s'éduquent. La doctrine des devoirs, du droit el de la destinée de l'homme n'est pas un joujou d'école : le temps doit venir où nos gardiennes d'enfants apprendront les devoirs et les droits de l'humanité aux êtres jeunes qui balbutient à peine, où les premiers mots prononcés :;eront ceux-là; où celle seule parole : « Ceci est injuste•, sera la verge du châtiment. .. • :,Jais pour que celle profonde et universelle éducation de justice soit possible, il ne faut pas attendre qu(' le soulèvement des pa:;sions ait rendu l'esprit incapahle de se goU\erner lui-mème. • Est-ce parmi le sang et les cadavres que nous ferons des conférences sur la justice à des esclaves ensau- ,•agés 1 » Non, non, tant que l'.l.llemagne est calme encore, tant que le flot qui monte n'a pus débordé, hâtons-nous de faire entrer dans la conscience la notion du droit. JI ne s'agit pas d'appliquer aux constitutions actuelles de l'Allemagne la me:mre rigide et brutale du droit absoln. Il ne s'agit pas de prorn 1uer un soulèvement ,iolent. « :-.on : cc que nous devons, c'est tout d'abord acquérir la connaissance et l'amour de la justice, et les répandre autour de nous, aussi loin que ;'éteud notre cercle d'action. C'est par un effort intérieur, c'est par un mouvement de !Jas en haut que les hommes se rendent dignes de la liberté. ~lais c'est d'en haut que vie:1dra la libération elle-même.• Ainsi Fichte n'attend Je salut et l'universelle délivrance ni d'un artifice d'autorité, ni d'un mouvement de ,ioleuce. Il compte sur l'éduc«lion inlé· rieure des consciences. C'est pat· la collaboration des consciences éduquées et des princes habitués à respecter de plus en plus une liberté toujours plus fière d'elle-même que la nécessaire et calme transformation s'accomplira. :\lais s'il répugne aux mou,emenls de démocratie tumultueuse, s'il reste fidèle, même au plus aigu de la crise européenne, à la méthode d'évolution et de transaction qui est l'àme même de la pensée allemande, il va droit au pro!Jlème; et, sans iuénagement, sans réticence, il dénùnce l'injustice. de tous les pri,•ilêges du monde

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