Jean Jaurès - La Convention I

IIISTQ!llE SOC!.\ LISTE 527 Dans ses Idées pour seruir à l'histoire de l'humanité il voit dans tom, les êtres des manifestations variées d·une m,'mc forcP organique et 1•itale. Il note les analogirs qui, d.i rôgne à règne et d'espèce à espèce, révèlent la continuité de la nature, et l'homme lui apparatl comme le résumé de toutes les forces et de toutes les formes antérieures. Kant qui, avec son positivisme prudent, répugnait à ces spéculations, lui objecte que l'innombrable multitude des êtres rend ces analogies inévitables. • Elles n'auraient, dit-il, quelque valeur que si on en concluait la parenté des êtres et des espèces, soit qu'elles noissenl les unes des aut· es. soit qu'elles ,oient toutes sorties d'un même sein maternel; mais il n, serai/ pas jmte de p1'êtPrà l'auteur une idée aussi mo11stn1euse. • Herder était en tout cas à la limite du transformisme ;.i violemment répudié par Kant. Et il a~signail au développemeut humain des causes physiologiques lros procises. li mettait l'Allemagne en garde contre l'illuminisme, conlre les rêvel'ies de la mysticité, contre l'oxallalion vaine du sentiment, et c'est, selon sa propre expression, une liistoire naturelle de l'humanité qu'il voulait écrire. « Je ne veux pas disait-il, m'occuper llu surhomme, de l'ubermcmcli; mai; seulement de l'homme; ce sont les lois de la nature humaine que je veux suivre. » Et il ajoutait: • La raison et la sauté sont les deux ba~es du dérnloppeme11t humain: toutes doctrines, toutes pratiques qui tendent à les diminuer sont inhumaines. • li louait, • malgré ses lacunes et la médiocrito de beaucoup de ses plaisanteries•, l'Jlistoire unlversette de \'ollaire, son Essai sur les mamrs et l'esprit desnatiom, parce quïl y raconbit la« pure humanito » et dépassait par là le point de vue ds Bossuet et des autres systématiques. C'était donc un esprit robuste, franc et sain. )falgré son admiratio11 pour Lessing, il est sévère pour l'hypothèse des • renaissances • quo celui-cl a formulôe à la fin de son Éducaliun de l'lmmcmité. Et 1iourlant, par uno de ces complications qui déconcertent l'esprit français el qui s'expliquent pm· lo génie ù la fois .rudilionnel cl novateur de la RéformP, Herder commentait en pieuses paroles les textes de l'f:vangile et les miracles mêmes qui y sont contés. Évidemment Herder n'admellait point la mntérialilo de ces miracles; et jamais il ne ,'y appuie. Toujours il donne au récit un sens symbolique; pur exemple, quand il commente la résurrection du fils de la veuve de :'.'laïm,il note seulement qu·une minute à peine avant le miracle la veul'e n'espérait pas; el il dit: « C'est l'image de ce qui se produit en nous ohnque jour; nous désespérons, nous sommes désolés et ari<les juste à l'heure oü Dieu ra susciter la.force dans notre cœur el dans notre esprit." Ainsi le miracle semble so fondre dans l'intimité de notre vie morale. Yais, pus une minute, Herder ne déchire d'une main brutale le symbole un peu enrantin dont !a vérité est en1·Plopp6e.

RkJQdWJsaXNoZXIy MTExMDY2NQ==