Jean Jaurès - La Convention I

52' JJIS'l'OlllE SOCIALIS'rE La grandeur de l'esprit c'est de tout comprendre el de s'accommoder aux formes successives que revêt la réalité. « La petitesse de l'esprit, dit-il, est un allental contre la majesté de la nature » el aussi contre la majesté de la race humaine qui a alfirmé sa puissance, ses espérances, ses douleurs et ses joies par le rêve comme par la science, par la religion naïve comme par la philosophie éclairée. Oui, mais ces esprits si accueillants, si compréhensif$ et si souples, n'étaient pas prèls à engager coutre la vieille Allemagne des préjugés el des tyrannies la lulle directe el claire, le combat révolutionnaire· Pourtant à sa manière aussi, Herder travaille à J'alîranchissemenl de son peuple. Il lui montre l'humanité toujours en mouvement, toujours en progrès : il lui ouvre par là même de nouveaux horizons. El surl~ul il s'applique à rendre à l'Allemagne la conscience intellectuelle d'elle-même. Ah! de quel accent, plus profond que celui de Ltssing el de Klopstock, il proteste contre la• gallicomanie •, contre l'engouement des puissants de l'Allemagne pour les lellres et les mœurs françaises! Chez Lessing, chez Klopstock, c'esl de la lilléralure. Chez Herder, il y a un sentiment plus pieux, un douloureux respect pour celle profonde nationalité allemande si morcelée, pour celle âme allemande si méconnue et foulée. Comme il s'indigne de l'abaissement social de la langue de la patrie, el du préjugé qui veut que le noble parle français à son égal el allemand à son domestique! Comme il sou!Tre de la terrible dispersion de forces qui, depuis la guerre de 'l'renle Ans el le traité de Westphalie, a presque aboli l'Allemagne I Il parle avec émotion du grand Leibniz gui a reconstitué, en quelque sorte par la puissance de son génie, l'unité intellectuelle de l'Allemagne. El c'était une Allemagne conciliante, large, humaine, qu'il rêvait. li lui assignait pour première tâche de réconcilier les religions, non par la puérile uniformisation des pratiques et du culle, mais par l'ampleur de la pensée el la richesse du sentiment. Lorsqu'à la yeille de la Révolution française il passe à Nuremberg, allant en llalie, l'œuvre du maître Albert Dürer lui rappelle l'antique puissance cré. 'l'ice de l'Allemagne: •Oh! comme les princes ont méconnu l'esprilde la nation ~llemande I Comme ils l'ont opprimé, dissipé en orgies el gaspillé 1 » El par la force même de son pieux désir, il suscite à nouveau la conscience allemande. li espère que les princes eux-mêmes seront touchés de celle grande pensée commune el qu'avec leur aide aussi l'Allemagne s'arfirmera. « Quoi? Un mausolée pour l'Allemagne, un monument des morts? Oui, il est vrai que notre patrie est à plaindre de n'avoir aucune voix universelle, aucun lieu de réunion où tous puissent parler à tous, Tout en elle est divisé, el il y a tant de choses gui maintiennent cette division : religions, sectes, dialectes, provinces, gouvernements, usages et droits. C'est seulement au cimetière, parait-il, qu'il y a place pour une pensée commune. • Mais pourquoi seulement là 1 Est-ce que partout, dP.s classes les plus hautes aux plus humbles, des forces visibles el ipvisibles ne travaillent pas à

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