Jean Jaurès - La Convention I

t',Ol HISTOIRE SOCIALISTE de~ paysans aisés. El c·e,l à domicile qu'hommes, femmes el en!anls filent pour lui. Or ce mallre filateur est, comme le seigneur, un ami des hommes. Lui el sa remme ,ïnquièlenlel s'affligent du désordre que la nouvelle vie induslricllejelle d'abord dans les familles. Et ils.voudraient que par une relenur hebdomadaire sur Je salaire et par l'épargne obligatoire, la propriété d'une pelilr maison flHassurée à tous les ouvriers. Ils voudraient aussi qu'aux enfants des familles ouvrières une instruction suffisante fdt donnée : • Voyez, dit au Junker le matlre fileur, voici cinquante am que tout est changé che::.11ous,et que le vieux système scolaire ne convient plus aux gr111de ce pays et ne s'adapte plus à leur condition. Autrefois tout était pl11s simple, et personne ne devait chercher son pain ailleurs que dans le travail. Avec ce genre de vie, leshommes n'avaient presque pas besoin d'être instruits par Ncole. Le paysan a dam son étable, dallS son bois, dans son aire, dallS son champ, son école à lui, et parto11t otl il va, il trouve tant à apprendre que l'école lui est pour ainsi dire inutile. !)Jais avec les enfants des file11rs de coton et avec toutes les personnes qui gagnent leur vie par un travail sédentaire et zmifonne, il en est tottt autrement. Ils sont, à ce q11ej'observe, tout â fait dans la même situation que les gens du commun q11ihabitent les villes, qui gagnent a11ssileur pain par le travail de le11rsmains, et s'ils ne sont pas bien éduqués, élevés, pour ainsi dire, à une nature supérieure, s'ils ne sont pas façonnés à épargner loujo11rsune part de chacun des kreuzer qui leur passent par les mains, les pauvres fi,lew·s, avec tout leur salaii'e, et ai-ectoute faide qu'ils en pourraient tirer, ne font à jamais qu'user leur corps et ,e préparer un~ vieillesse misérable. Et comme on ne peut pas espérer, Junker, que les parents ainsi dévoyés sauront enseigner à leurs enfants une vie plus ordonnée et plus p,·évoyante, il ne reste plus à tous ces ménages qu'une éternelle misère, tant que continue le travail de la fi,lature du coton; ou bien il faut que l'école supplée à ce que les parents n'enseignent pas aux enfants et qui est pourtant indispmsable à ceu.x-ci. » C'est donc, au témoignage de Pestalozzi, vers le milieu du xvm• siècle que l'industrie a commencé à pénétrer dans la vie des villages allemands, jusque-là presque exclusivement agricoles, et ce n'est pas seulement à la misère des paysans opprimés ou exploités, c'est à la misère et à lïmprévoyance d'un proWariat industriel naissant que le bon seigneur el le bon pasteur doivent remédier. La nécessité de l'école apparait surtout à mesure que la vie industrielle se développe. Au paysan, la nature elle-même et la forte tradition d'un travail varié sont un enseignement. Au contraire, l'uniformité, la monotonie écra~anle du travail industriel ne laissent pas au pauvre ouvrier la force de s'élever nn moment au-dessus de la minute présente. C'est l'école qui doit lui ouvrir un peu l'horizon. A vrai dire, quelque candide el chimérique que soit l'attente philanthropique de Pestalozzi, supposant chez les puissants de la terre une telle sollicitude pour les ouvriers misérables, il esl impossible de

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