Jean Jaurès - La Convention I

IIISTO!RE SOCIALISTE n'être pas louché de ce zèle ùe relè1•ement et d'ennoblissement pour tous les hommes. Il y a là un fond de richesse morale qu'il serait injuste de dédaigner. Et comme on déplore que, dès la naissance de la vie industrielle et du régime des manufactures, celte pensée humaine n'ait pas en elîet protégé les ouvriers et leurs enfants! Ce n'est pas que l'enfance des villages, avant d'èlre saisie par le monotone labeur industriel, vécût d'une vie idyllique, et dan5 une sorte de paradis de nature. Elle était, dans la cabane des pauvres paysans d'alors, trop étiolée et épuisée de misère, mal nourrie, à peine vêtue, débile et fainéante, sans ressort ni santé. L'accession de ces petits ôtres au travail industriel aurait pu ôtre un bienfait pour eux comme une richesse pourl'industriesi, dès l'origine, un emploi intelligent et humain avait été fait de leur force. Dans la maison de la bonne Gertrude, où ils apprennent à filer et où ils sont soignés maternellement, c'est pour eux comme une renaissance physique. « La chambre de Gertrude était si pleine, lorsque le seigneur, le pasteur et le nouveau maitre d'école y entrèrent, qu'ils eurent de la peine à y pénétrer à cause des rouets qui l'occupaient Loule. Vous ne sauriez croire comme cette chambre réjouissait le cœur. Ce qu'ils avaient ,•u chez Je maitre fileur n'était r_ienà côté. C'est naturel. L'ordre et le bien-être chez un homme riche ne procurent point une joie sans trouble; caron songe que des centaines d'autres hommes faute d'argent n'en peuvent faire autant. Mais la bénédiction et le bien-Hre dans une pauvre cabane, qui démontre que pour tous les hommes au monde, avec de l'ordre et de l'éducation, le bonheur serait possible, voilà ce qui réjouit le cœur. Et maintenant les visiteurs avaient devant leurs yeux une pleine chambre d'enfants pauvres enveloppés de cette bénédiction joyeuse. Il sembla un moment au Junker qu'il voyait, comme en un rêve, l'image du premier né de son peuple transfiguré par l'éducation; el le matlre d'école promenait son regard d'aigle d'enfant à enfant, de travail à travail, de main à main. El plus il regardait, plus il se disait: elle a fait ce que nous cherchons: l'école que nous voulons créer est dans celle chambre. Il y eut un moment de silence de mort. Les visiteurs regardaient et se taisaient. Le cœur de Gertrude battait d'émotion dans ce silence, aux marques de respect que lui donna le mattre d'école. Les enfants, eux, filaient joyeusement, el riaient en se regardant dans les yeux; car ils voyaient bien que c'était pour les examiner eux, et leur travail, qu'on était venu. Le premier mot que dit le maitre d'école fut celui-ci: « Tous ces enfants sont-ils à toi, femme? - Non, ils ne « sont pas tous à moi, dit Gertrude, et elle Jui montra de rouet en rouet ceux « qui étaient à Rudi el ceu~ qui étaient à elle. - Songez, maitre, dit le pas- « leur, que ces enfants de Rudi, il y a quatre semaines encore, ne savaient • pas même filer un fil. - Est-ce possible? - Il en est ainsi, répondit Ger- • trude: dans deux semaines un enfant doit apprendre à filer. J'en ai connu • qui apprenaient en deux jours. - Ce n'est pas ce qui m'étonne le plu, lei,

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