Jean Jaurès - La Convention I

lllSTOlf\E SOCI.\LIS'l'E qu'ils ne vivent que pour lui, el que, pour lui assurer tous ces avantagrs, ils soient prêts à tout moment à s·e,poser pour lui à toutes sortes de fatigues el de misère, à la faim cl à la soir, au froid et au chaud, à la mutilation de leurs membres el aux formes les plus elîroyables de la mort, - l'homme, l'indil iclu qui éleverail une telle prétention sur vingt millions d'hommes, sans se croire tenu à leur rendre en échange des services très grands et équivalents, serait un fou, et ne pourrait signifier ses exigences qu'à des hommes aussi fous que lui, si seulement ils l'écoulaient. » Déclaralion des Droits, ai-je dit? Mais bien plutôt vague proclamation de principes où à quelques rayons éteints de l'Évangile se mlilent quelques lueurs amorties de Housseau : car il n'y a vraiment déclaration de droits que quand il y a un système de garanties, toute une organisation destinée en elîet à assurer le droit. De même, à quoi peul servir, dans l'utopique description du pays de Scheschian, ces fortes paroles sur la misère? « Dans la plupart des autres Étals, l'indigence, la nourriture malsaine, le manque de soins universel don l pàtissent les corps el les Ames concourent à faire des enfants des journaliers el de la cla,se inrérieure des artisans, des créatures qui ne se dis li nguent du plus stupide bétail que par quelque vague cl imparfaite ressemblance avec la forme humaine. » Oui, mais Wieland propose-l-il une réforme sérieuse de la Constitution el des lois? Demande-t-il, par exemple, comme à la même date le faisait en France Boncerr, le rachat des droits féortaux el de, servitudes féodales? lion : il esquisse un plan assez chimérique d'éducation publique où les enfants, rassemblés sous la discipline du prince, travailleraient de bonne heure, apprendraient un métier et seraient dirigés de là ou vers la demeure des grand, et des riches, chez qui ils enlreraienL en service, ou vers les la.briques: une sorte d'ouvroir national avec placement assuré. Quel projet puéril, quand il s'agissait de créer tout le mouvement d'une société nouvelle et de briser d'innombrables chaines! Justus Mœser est bien· plus dans le vif de la réalité quand il étudie les moyens pratiques de lrar.sformer le régime du servage. Les lettres qu'il a écrites ~ur cet objet restent comme un document très curieux sur le lent el presque insensible mouvement social qui s'accomplissait alors en Allemagne. Mais ici aussi quelle timidité! Quelle marche incertaine et oblique! Aucune idée du droit. Pas un moment Mœser ne songe ou ne se risque à dire que le senage, qui livrait vraiment toute une famille à la discrétion d'un maitre, qui interdisait à de malheureux paysans de posséder et qui, à leur mort, confisquait leur épargne au profit du seigneur, supprimait taule dignité humaine. Au contraire, Mœ,er conçoit la sociélé humaine comme une association d'intérêts entre le, propriétaires du sol. C'est une société par actions où l'action est territoriale, et chacun doil exercer une part de sou,·eraineté et de droit proportionnée à sou apport. Ceux qui n'ont pas une action sont hors du

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