Jean Jaurès - La Convention I

IIISTOlnE ~OCIALISTE et c·est à l'intérieur même et au plus prorond du christianisme qu'il a,ait évei lié la liberté moderne de penser. Ain,i la néforme, par les désastres matériels qu'elle a rait déchainés sur l'.\llcrnagnc, aYait détaché à demi de l'action l'esprit allemand, et par J'en- , eloppe traditionnelle dont elle avait revêtu ses audaces de pensée, elle l'avait accoutumé aux vastes interprétations el aux lentes évolutions infinies. Cc sont ces caractères profonds que je retrouve dans toute la pensée del' Allemagne en celle deuxième moitié du xvm• siècle : gaucherie et timidité de la pensée clans les applications matérielles et sociales, et, au contraire, dans l'ordre de la pensée pure, magnifique audace créatrice, mais qui répugne aux démarches révolutionnaires. A côté de ~lontesquieu, de \'ollaire, do Rousseau, de !'Encyclopédie et t!c toute la littérature pré-révolutionnai1·e de France, quelle pauvreté ou quelle incertitude chez les écrivains poliliques et sociaux de l'Allemagne i c·est Wieland peut-être qui est le plus hardi el le plus précis. On croirait parfois que, sous le voile des fictions orientales où il se complalt, il va risquer une idée forte el nette, mais ,ile il s'arrête el se perd dans des pauvretés. Mais quoi I dans son .11iroir d'or de ii72, ne s'est-il pas essayé à une déclaration de principes• El ne serait-ce point d'aventure, avant la Déclaration française des Droits de l'homme, et avant même la Déclara Lion américaine, un projet allemand de Déclaration des Droits de l'homme? Voici les principes que le sage éducateur inculque au jeune prince: « i • Les hommes sont frères et ont reçu d~ la nature des besoins égaux, des droits égaux et des devoirs égaux. • z• Les droits essentiels de l'humanit6 ne peuvent être perdus ni par l'c[et du hasard ni par l'e[ct de la force, ni par contrat, ni par renonciation, ni par prescription; ils ne peuvent être perdus qu'avec la nature humaine, et il n'y a aucune cause nécessaire ou accidentelle qui puisse, en quelque circonslance que ce soit, délier un homme de ses devoirs essentiels. cc 3• Toul homme doit à un autre ce qu'en des circonstances semblables il allendrail de lui. « •· Aucun homme n'a le droit de faire d'un autre homme son esclave. • 6' Le pouvoir et la force ne donnent aucun droit d'opprimer les faibles, mais imposent au contraire à ceux qui en peuvent disposer l'obligation de les secourir. « 6• Chaque homme, pour avoir àroit à la bienveillance, à la pitié et à l'aide d'un autre homme, n'a besoin que de ce litre: qu'il est un homme. « 7• L'homme qui voudrait oùtenir des autres qu'ils le nourrissent et qu'ils l'habillent chèrement, -qu'ils le fournissP.ntd'une demeure magnifique et de toutes les commodités matérielles, - qu'ils travaillent incessamment pour lui épargner toute peine, - qu'ils se contentent du strict nécessaire, pour qu'il puisse contenter jusqu'à l'excès ses plus voluptueux désirs, -bref,

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