Jean Jaurès - La Convention I

IIISTOlRE SOCIALISTE dans l'imparlialilé débile du philosophe effaré. Écoulez commenl il e.,plique les méprises el les malentendus où il fut submergé, pauvre nageur à boul de souffle qui hésite entre deux rivages. • Dans le sein même de la Convention nation ale, lorsque j"y parlai des journées des 2 el 3 septembre, siégeaient des hommes dont les uns élairnt soupçonnés d"avoir été les provocateurs el les ordonnateurs des massacres, dont les autres leur donnaient une approbation haute et publique; il y en avait d'une autre parl qui, ayant en horreur les massacres el ceux qui avaient pu les encourager et les protéger, tenaient celle accusation en réserve pour la lancer comme la fondre, dans l'occasion, sur des rivaux de puissance ou d'influence. Am premiers mots que je prononçai sur les journées des 2 el 3 septembre, à ces mots qui exprimaient et qui appelaient les imprécations de l'humanité tout entière contre ces journées, ceux qui en étaient, au moins, les protecteurs crurent que Je venais proposer de les pour,uivre : un murmure s'éleva, el je posai les quesLions et mes principes au milieu d"un bruit confus. Lorsque ensuite, au milieu de ce bruit et de mes paroles qu'il couvrait, on entendit sortir les mots de pitié, de miséricorde, de jubilé politique, ceux qui avaient leurs projets contre les auteurs des massacres crurent que c'était pour ces forfaits que je venais demander une amnistie ou une approbation, el le murmure passa d'un côl6 de !"Assemblée à l'autre, ou plutôt il fui dans les deux côtés. Le commencement de mon discours fut donc trop bitn entendu par les uns, et tout le discours beaucoup trop mal par les autres. litais de ce que quelques membres du côté droit crurent avoir des reproches à me faire, quelques membres du côté gauche en prirent acte pour me donner des éloges. • Cette claire analyse idéologique à la Condillac appliquée à ce désastre oratoire a quelque chose d'invinciblemenl comique; mais il y a quelque rouerie dans celle alleclation d'équilibre; car qu'imporlait à la Montagne qu'il gémll au nom de l'humanité sur les massacres de septembre? Elle gémissait au5'i. L'essentiel pour elle était que le ministre de la justice, en liant Septembre à Août, rompit toute la manœuvre scélérate d'ailleurs et funeste de la Gironde. Or Garai avait dit : « Si ces affreux événements n'ont pas élé Je produit de l'insurrection, comment donc n'ont-ils pas été prévenus? Comment n'ont-ils pas été arrêté,• Comment ne sont-ils pas déjà punis? Cornment tant de sang a·l·il coulé sous d'autres glaives que ceux de la justice, sans que les législateurs, sans que le peuple lui-même aient porté touleil les forces publiques aux lieux de ces sanglantes scènes?• De ces paroles, très sensées du reste, Dan Ions ·emparait à bon droit contre la Gi~onde, et celle-ci, au lieu d'accuser la violence odieuse et effrénée de sa politique, qui mellait naturellement contre elle non seulement les grands cœurs, mais la médiocrité même, accusait Garat de fourberie el de complicité

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