Jean Jaurès - La Convention I

lllSTOIRE SOCIALISTE valPts de comédie ou des ignoranls, des inlriganls, leurs pareils, et que les honnêtes gens commençaient à murmurer et à gémir. Je crus qu'il fallail tenter un dernier moyen pour l'éclairer, s'il n'était que séduil, el avérer ses tort, s'il Nail de mauvaise foi. Je lui écrivis, le 11 de novembre, sur le ton de l'ami lié, pour lui faire parl des murmures qui s'élevaient conlre lui, des rai,ons qui les faisaienl nattre et de ce que son inlérét semblail dicter. Je disais un mot des sentiments non équiroques que nous lui avions lémoignés, de l'ensemble qu'il donnaienl lieu d'espérer, de l'étal de choses si conlraire à ce qu'ils auraient fait présumer. Pache ne me tll pas la moindre répon:;e. » Il lrouva sans doute 11m• Roland importune el indbcrèle. Je crois que sa modeslie était sincère, que sa droiture était absolue. JI n'avait nullement intrigué pour arriver au ministère, el il se considérait comme lié à la chose publique, non à Roland. Plus tard, lorsque, oublié de presque Lous, excepté du Direcloirc qui le persécute, il se sera retiré dans sa pelite ferme des Ar• dennes, il écrira ces paroles simples et d'une évidente sincérilé: « Dès que je ne suis plus fonclionnaire, je ris de ma nullité comme de celle de tanl d'autres. Je ne suis ni orateur, ni écrivain, ni riche, ni intrigant... dans une sincère apprécialion de moi-même, sans êlre indifférent sur mon renom, je n'ai pas élô tourmenté de la folie de la gloire » (1\1t'moires de Paclte: sa retraite à Thin-le-Moutier par M. Louis Pierquin, Charleville, 1900. Sans doute il avail jugé Roland; il avail vu tout ce que wn austérité recouvrait d'orgueil sénile, el comme son action était vaine, toute tournée en oslenlalion. li voulait modestement agir ou laisser agir autour de lui les !'orces révolutionnaires qui émanaient de D111lon. Fàcheu,e awnlure pour les Roland, ainsi • trahis" par leur « créature'», el isolés de plus en plu~. Garat avait commis envers la Gironde un crime bieu plus impardonnable. C'était un philosophe un peu indécis et Lerne, sans grande vigueur d'esprit ni chaleur d'âme; il était assez équilibré el mesuré, mais ju,qu·au médiocre, el il cherchait les voies moyennes, par timidité plus encore que par sagesse. Or, en cet étal d'esprit, ni il ne se décidait à absoudre les massacres de septembre, ni il ne les condamnait. 'fout en les réprouvant, il les rallachail au mouvement insurrectionnel du 10 aoùl. li allait ainsi, plus peul-êlrn qu'il ne l'avait prévu ou voulu d'abord, contre la lactique de la Gironde qui était obligée de dissocier complètement le Dix Aotll el les journées de septembre pour pOU\'Oir indéfiniment flétrir celles-ci tout en glorifiant celui-là. De là à accuser Garat de s'être rail l'apologiste du meurtre, il n'y avait pas loin, el la Gironde d'abord, plus tard les thermidoriens, franchirent le pas. L'infortuné Garat se défend dése~pérémenl, dans ses Mémoires, contre celle inculpation. Toule chose grande a en ce monde sa parodie. La haute et ferme raison de Danton, dominant les factions et les haines, a sa caricature

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