Jean Jaurès - La Convention I

IIIS'l'OlRE SOCIALISTE 385 chinalions ne Yinssenl à être déYoilécs, la (Jluparl ne songèrent plu, qu 't prendre la fuite. » Ainsi, l'évolution est complote: le reniement e,t complet. Il ,emhlc que )laral ail oublié l'article IDùnstrurux du i!J août où il in1ilail le peuple à massacrer les pri,onniers lie L-\hbayr. li a commencé par dt-!Jlorer. !ni, l'homme d'État correct, que le peuple eùl mis quelqur clésortlre dans ces e,éculions el quïl n·eùl p~s le discernement exact cles coupables : comme si :\laral pouvail rnpposer q11c le meurtre prol'oqué par lui ,rrait me,uré cl clairvoy~nl' Puis, sans c,plication el comme s"il les condamna il en uloc, il pari<' des désaHrcu, é1énements de seplembrc, el enfin il y dénonce une manœuvre de la conlre-rélolulion. Quelle lâche el vile palinodie! Je ne connais pas de jugemenl ()lus sévère porté sur les journées de septembre et sur :\liirat lui-même. La seule excuse de ces meurlres élail dans leur nécessité ré,olulionnaire. :\fais s'ils onl été un dé,astro par la façon dont ils onl été conduits cl dont ils ne pouvaient pas ne pas être conctuhs, si même il:; onl servi les plans de la contre-révolution, el s'il apparall qu"ils onl été son œuvrr, quell~ e,cuse resle-l-il au mi,érable prophète d"assassinat, qui n'est ()lus e,,n,,, ùc son propre aveu, qu'une dupe emanglantée? Voilà le châtiment que l'immanente juslice infligeait au conseiller de meurtre, el si la Gironrlc avail eu quelque sérénité d"esprit et quelque hauteur d"âme, si efü• n·a,ail pas cherché il rassasier ses rancunes et ses haines, elle aurait attendu que lïnévilahle el 1,rochain rélablissemenl de la vie normale et de la conscience n0t male fi5'enl de ~larat, réduit à se tlélrir lui-même, un objet cruni\"er;;el clégoùl. Mais ce n'est point ~1aral surtout qu"elle voulait frapper : derrière lui, à côlé de lui, elle voulait frapper Robespierre et Danton, élargir autour ,le ces fronts délestés l'auréole sanglante. Déplorable calcul, car dès la premièrè rencontre, à ces prises rageuses cl incertaines Marat !ni-même échappa'L l'vurtant, en celle même séance, un suprême effort esl rait contre lui. Le député Boilleau donne Iêcture à la Convenlion de l'arlicle où Marat in1ilail le peuple à lïnvestir, à la tenir toujours sous une surveillance menaçante cl qui se terminait par un équivoque appel à l"é::;orgement : • 0 peuple habillard, si tu sa1ais agir!• L"articleétail vieux de quelquesjour·s, el ~larat avait eu le temps d'en écrire un autre, celui que j"ai cilé, où il annonçait« une rwuvcl!c marche• et abjurait toute violence. Le député Boil\eau avait san, doute négligé de le lire. ~laral en fit faire la leclure par un des secrétaires, rt ainsi cou,erl par sa modération récente, il échappa. Le coup de la Gironde était manqué. Marat, dans son numéro 1lu 28 septembre, triomph,1 cle celle séance. li marqua di;;crèlement son mécontentement de Danton qui l'avait désavoué : « Danton s'y présente (à la tribune), non pour rrpousser le, calomniateurs, déjouer leurs complots et couvrir de ridicule leurs inculpations, mais pour rendre compte de sa vie polilique, protester de son amour pour l"ég;ilité, le défendre d'avoir élé !"instigateur des placarJs el des étrits de Maral, le

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