Jean Jaurès - La Convention I

322 HISTOIRE SOCIALISTE gion catholique• pas,ait à la Conl'ention de cc m,,mc département de l'Eure où les troubles avaient été les plus vifs. Mais, malgré tout, ce qui reslc, ce qu'il y a au fond du mouvement d'o0tobre el de no,·Pm!Jre, c'est bien une proleotation populaire et prolétarienne contre le h,rnl prix de la ,•ie. C'est une sorte d'agitation de classe ayant ses principes, ~es rormull's el sa tactique. On a vu avec quelle brutalité, les pauvres ouvriers ruraux opposent à la « bourgeobie • le; « travailleurs "· Les administrateurs des départements, les membres de la Convention affectent de croire que c·cst sous le coup de la menace que se formaient et se gros,issaienl les puissantes colonnes qui allaient méthodiquement taxer les denr(•e,; sur les marchés. Visihlem@nt, au contraire, le mouvement est spontané. La députation des corps administratifs du Loir-et-Cher, admise ~ la barre le :?û novemlJrc, <lit c,•ci : • Lïnsnrrection c,,t parti~ du département de la Sarthe, de la for~t de l\lontrnirail.. Le rassemblement a forcé les ouv1•;ersde la ver,·erie de Mont- • mirait à ~e porter avec eux lt Montdouhlcau, oü ils ont taxé le blé, et oblig6 les habitants et les corps constitués à les accompagner à Saint-Calais. De là ils se sonl rendus à Vendôme, le 2a de ce moi~. au nombre ùc a,ooo, ayant à leur t~te :lOOhommes à cheval. ils ont commencé par annonar qu'ils ne venaientex1·rccr auCWlf' l'iolenl"I', mais taxer lr blé et les autres denrt!es. Jls ont ,:1,; logtfs l"itez les citoynt<, ils apportaient du pain pour ne pas affamer la ville où ils n'étaient pas attendus; ils ne demandaient que le couvert et de !'Pau. Ils ont elfeclivement ta,é le blé à 21 deniers la livre, et annoncé qu'ils iraient samedi prochain à Illois, pour l'y fixer au môme prix, et que si les habitants de Vendôme ne les y suivaient pas, ils mettraient le feu à la ville. J1 est presque certain que le rassemblement qui arriverait vendredi au soir à Diois ne serait pas moins de 12 ou 15.000 homm<•s. • El les administrateurs bourgeois de Loir-et-Cher, dobordés par ce mouvement, préoccupés (l'obtenir au plus vite des secours de la Convention, cherchent à l'e!Trayer par des noul'elles sinistres: • Yoilà les faits: il en résulte que dans plu-icurs parties de ces départements les citoyens sont rorc~s de se faire une nourriture de son m0lé a,ec des thoux et des pommes cle terre. Une malheureuse femme de la paroisse de l'llûpital n'ayant pu avolr de grains ponr faire son pain, a égorgé son enfant pour ne pas le ,,oir mourir el s'csl pe11due après. (Lon(! mouvement d'!tor1·eur.) » Mais, quoi qu'il en soit de ce fait divers sensationnel et assez grossièrement mélodramatique, comment imaginer que des hommes qui procédaient avec tant de prude11ce el d"ordrr, qui portaient eux-mômes leur pain et se contentaient oe demander 1111 peu d'eau, ai aient provoqué des paniques folles? Comment croire surtout qu'ils avaic11t besoi11a·u~er de violence pour entral11erle~ vPrriers tic lllontmirail il protester a,cc eut contre le prix démesuré

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