Jean Jaurès - La Convention I

320 UISTOIRE SOCIALISTE 1 fern1iers. El le service public cl'approvlsionnemenlqu'il réclame, il entend que ce soil Je peuple lui-même qui l'administre par des élus directs. C'est la démocratie populaire qui, après avoir au Dix Aoùl forcé les portes de la cilé polili11ue,cherche mainlenanl à pénélrer dans l'adminislralion des grands intérêts économiques. Dans la Somme, dans l'Aisne, dans l'Eure, l'Eure-et-Loir, la Sarthe, le Loir-el-Cher, le Loiret, l'agitation ful vive en octobre el. en novembre. Le peuple ne se conlentail pas d"arrôter les convois de blé. D'un mouvement spontané il procéda il à la taxation des denrées. Les Conventionnels se plaisaient à ré·péter qu'il y avait là une manœuvre contre-révolutionnaire. li est fort probahle, en effet, que le clergé cherchait à exploiler la souffrance momentanée du peuple, à lier la cause de la religion à la cause des pauvres. li fanatisait Je peuple contre la Convention, accusée d'affamer le pays cl de le déchristianiser, de lui enlever le• pain de l'âme» et le pain du corps. Les trois commissaires à la Convenlion, Lccoinle-Puyraveau, Ilirolleau et Maure, envoyés en Eure-el-Loir, tentent de donner au mouvement, dans leurs e,plicalions verbales du 30 novemlire, une couleur à la fois «anarchiste• et contre-révolnlionnaire. « Parrni les reproches que nous avons entendus, diL Lecointe-Puyra veau, on parlait beaucoup de prôlres el cle religion. Une motion faite au sein de la Con\'cnlion (celle de Cambon sur la suppression du budget des cultes), était connue: on voulait nous en puuir. On a préludé avec autant d'audacrque d'm.rn,·ancr drMnt nous à une loi ayrazre. Un hom1,ie couvert d'un uniforme ualional a demandé que tous les bau:r fussent diminués par un décret; oil n'a I as craint de dira que ça irait jusqu'à Paris el que celle Convention, qm nr 1•011laipt lus de 7)/'èlres et qui volait les dmiers du peuple, Je payerail bien. • Ilirvlleau ajoute: • En vain nous observâmes que nous n'avions pas le droit de taxer les denrées. Ce refus allait nous eoûle1· la vie. Ils me répétaient sans cesse que la Chambre de Paris était l'ennemie du peuple; qu'elle alla il perdre la France, que bientôt ils rn rendraienL ici pour la mettre à la· raison; que c'étail une coquinerie que d'avoir supprimé le culte catholique et la contribution mobilière. Vous voyez, citoyens, combien il est dangereux d'énoncer même de pareilles propositions. Les allroupés ajoutaient que nous étions Lous riches, que nous avions pillé le trésor national. Je les dissnadai, en leur détaillant le mode de com1Jlabilité. Des curés, des prêtres étaient el parlaient au milieu de l'attroupement. Ils étaient les plus acharnés contre nous el portaient la parole au nom du peuple. Tous les principes de la loi agraire ont été mis en avant; on disait que les bourgeois avaient asse:.joui, que c'était le tour des pauvres travaitlew·s. Ils ajoutaient qu'ils voulaient leurs p,·êtres et leurs églises; qu'eux seuls feraient bientôt la loi. J'ai reconnu parmi les furieux un ciloyen

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