Jean Jaurès - La Convention I

HISTOIRE SOCIALISTE 313 le nombre des bras, donnait aux demandes des salariés une force irrésistible? li y a un rapprochement qui saisit l'esprit. Dans quelques mois, la Convention, acculée au ma.cimum el à la taxation générale des denrées dont d'abord elle ne voulait pas, fixera tous les prix, prix des marchandises et prix du travail, sur la !Jase des prix de 1700 auqrnentés d'un tiPrs. Il est certain qu'elle a cherché à se rapprocher le plus possible de l'étal de fait cré6 par la crise des prix. Elle prétendait marquer une limile au mouvement désordonné de hausse qui se produisait depuis des mois. Mais elle s'appliquait à coup sû.r à ne pas donner une nouvelle el inutile secousse, à s'appuyer le plus possible sur les données mêmes de l'heure présente. Comment, par exemple, se serait-elle risquée à décréter ainsi une majoralion d'un tiers sur les salaires si celle majoration n'avait pas été déjà presque partout réalisée par l'effort même des salariés? Elle aurait soulevé contre elle, par un brusque relèvement des salaires, tous :es cullivateurs, tous les fermiers, tous les propriétaires. li me parait donc infiniment probable que la Convention crut devoir compter avec une hausse générale d'un tiers sur tous les prix, prix des marchandises et prix du travail comme avec une réalité préexistante. Et son but était de consolider cette hausse, de la fixer, de prévenir toute manœuvre de renchérissement ou d'avilissement. Je suis donc très porté à croire que c'est à une hausse d'un tiers qu'avait abouti, dans l'ensemt,le et en moyenne, pour les salaires comme pour les diverses denrées, la hausse des prix dans le dernier trimestre de 1792 el le premier semestre de 1793. Or, il SP. trouve que le député qui a fourni les indications de fait les plus catégoriques et les plus précises, Dorniez, donne précisément celle hausse générale d'un tiers commo un fait de notoriété publique: les marchandises de 6 livres portées à Olivres, les journées de travail porlées de 20 sous à 30 sous. c·e~t donc au moins d'un Liers qu'avait été la hausse des salaires. Je dis au moins, car je citerai plus tard une circulaire du Comité des subsistances aux ouvriers, où il leur rappelle qu'ils doivent se soumettre pour leurs salaires à la loi du maximum. Il y eut, en effet, en plusieurs pointi; des réclamations assez vives. Les ouvriers se déclarèrent lésés par la loi qui élevait d'un tiers les salaires de 1700. Us avaient donc dépassé déjà de plus d'un tiers cc niveau. Et quoique cette augmentation ne fû.t en somme que nominale, puisqu'elle ne fdisait qu'équilibrer la hausse générale des marchandises, c'est un des plus notables mouvements de salaire que l'historien ait à enregistrer. L'e!Tort du peuple était double. D'une part, il tâchait de limiter le prix des denrées, soit par la taxation directe sur les marchés, soit par les lois de taxation que dès lors il commençait à solliciter de l'État et qu'il finira par imposer. El, d'autre part, les salariés exigeaient partout de leurs employeurs, propriétaires, fermiers, industriels de tout ordre, un relèvement de salaire. Les prolétaires, les salariés e1erçaienl donc à ce moment, et avec un en-

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